Théâtre

La dame de la mer aux Bouffes du Nord, Camille amène le souffle

La dame de la mer aux Bouffes du Nord, Camille amène le souffle

29 février 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La dame de la mer est l’une des dernières pièces d’Ibsen écrite en 1888. Au Théâtre des Bouffes du nord, le plateau devient un salon entre terre et mer où Claude Baqué offre une mise en scène ultra chic à un texte qui par moments déçoit.

Elle (Camille) est fille de gardien de phare, elle a aimé un marin disparu. A la mort de son père, Ellida au prénom de bateau épouse le vieux terrien Wangel (Didier Flamand), déjà père de deux jeunes femmes, Hilde et Bolette, égayées voir courtisées par l’égocentrique et gracile Lyngstrand (Nicolas Maury).

Dans un décor très beau mettant au sol une grande étendue d’eau se reflétant sur les colonnes du théâtre, un salon de jardin bourgeois est posé. Le poids des disparitions est présent, c’est l’anniversaire de la défunte épouse et mère des deux filles qui a précédé Ellida. La jeune épouse a perdu un enfant et a aimé il y a déjà longtemps un marin qu’elle croit mort. Les costumes s’inspirent de la haute société de la fin du XIXe, les longues jupes en soie baignent dans l’eau dans une sensation de naufrage bien pensée. Là réside la tension de la pièce.

En éternel personnage ibsénien Ellida est tiraillée entre la raison, rester la femme d’un mari bourgeois ou la passion, céder au retour de son marin qui la presse de la suivre. Femme sous influence, elle n’a pas le droit de choisir. Alors elle parle et elle chante. Deux échos d’une même douleur. La voix de Camille est ici plus troublante que dans ses chansons. Elle met en musique ses pleurs dans des moments venant clore chaque acte, dont un sublime effet de miroir où, faisant des cercles dans l’eau elle transperce l’espace d’une voix cristalline.

Étonnamment, contrairement aux classiques de l’auteur norvégien, le choix est ici raisonnable faisant du personnage féminin un être perçu comme intelligent. Pourtant, Ellida, frappée par la mort d’un enfant il y a trois ans, vit depuis, se refusant à son mari, dans des cauchemars de retour de son étranger (Nicolas Martel), les temps où elle fait le récit de ses hallucinations sont d’une belle intensité mais la pièce sombre régulièrement dans un empoulage peu agréable. Les scènes de dialogue entre les deux sœurs ne font que distraire malgré le jeu si juste de Nicolas Struve en « vieux » percepteur célibataire cherchant épouse rapidement. Nicolas Maury, égal à lui-même, la barbe en plus, campe un damoiseau à la fois drôle et tragique. Suite à un naufrage dont il a rechapé, il traine dans ses poumons une maladie qui, la chose est entendue, le fera partir trop tôt. Malgré ces comédiens formidables, les scènes de séduction entre les messieurs et les dames sombrent dans une légèreté un peu trop facile n’emportant pas le spectateur.

Restent des images photographiques portées par des effets scéniques certes non révolutionnaires mais tout à fait bien amenés. On gardera Camille disparaissant dans la brume, Nicolas Martel arrivant sous une cascade d’eau, et les tubas venant annoncer l’arrivée des grands bateaux. Cela ne suffit pas à nous emporter loin de la terre et à l’instar d’Ellida nous faisons le choix un peu terne de rester au port. La dame de la mer offre une scénographie magnifique à un texte qui n’apporte qu’une surprise finale relative.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

3 thoughts on “La dame de la mer aux Bouffes du Nord, Camille amène le souffle”

Commentaire(s)

  • ThomK

    C’est Nicolas Martel qui arrivait sous la cascade, et c’étaient plutôt des tubas que des trombones ;)

    février 29, 2012 at 15 h 51 min

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