Architecture
Prix Pritzker 2012 à Wang Shu: le « slow » durable débarque en Chine

Prix Pritzker 2012 à Wang Shu: le « slow » durable débarque en Chine

29 février 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Le prix Pritzker 2012 a été assigné à un architecte chinois pour la deuxième fois depuis sa création. Pourtant la remise du prix à Wang Shu se charge cette année d’une signification inédite.

En 1983 c’était Ieoh Ming Pei qui avait convaincu le jury de la fondation Hyatt, mais son œuvre, profondément enracinée dans l’histoire de l’architecture occidentale, poursuivait la lignée de l’école de Walter Gropius, en cohérence avec le style dominant dans les années ’80 aux États-Unis.
L’activité de Wang Shu, par contre, semble se faire porteuse d’un regard alternatif, tendu enfin vers une fusion possible entre passé et monde contemporain, préoccupé de dépasser les étiquettes désormais anachroniques d’occidental et d’oriental.

En opposition absolue à la domination des agences publiques qui contrôlent depuis la période communiste la totalité des projets architectoniques chinois, Wang Shu s’inspire des conceptions qui sont à la base de l’architecture durable, ou écologique. Pour définir sa théorie il a forgé l’expression « slow- build », calquée sur le nom de la tendance « slow » très répandue parmi les populations qui habitent les pays les plus industrialisés du monde, une forme de résistance aux modes de vie frénétiques qui les caractérisent.

« Il est possible de donner du temps à la réflexion, puis d’agir rapidement ».

Ces mots de l’architecte chinois rappellent une réflexion d’Italo Calvino et de ses Leçons Américaines, dont l’on continue à constater l’étonnante actualité 30 ans après, dans un monde qui bouge à une vitesse extraordinaire. Calvino condensait dans l’expression latine Festina Lente l’idée que les opposés ne s’excluent pas de façon systématique mais qui, au contraire, une expression, une image incisive est le résultat, le plus souvent, d’une lente observation de la réalité.

Tous les projets de Wang Shu aspirent à réaliser une architecture spontanée, comme il explique dans l’introduction à la philosophie de l’agence qu’il a créée en 1997, Amateur Architecture Studio, une architecture qui « pense moins » à elle-même, moins conceptuelle, et plus « humaine », dans le sens de « plus proche aux hommes » qui doivent l’habiter. Les matériaux qu’il utilise sont souvent recyclés, récupérés de la démolition de vieux quartiers chinois, adaptés de façon créative à une nouvelle fonction.

Ce n’est pas l’originalité de la théorie écologiste la chose la plus remarquable, mais le fait que grâce à ce prix l’architecture durable est aujourd’hui représentée par un architecte chinois, une sollicitation pour la Chine, mais pas uniquement pour elle, que le jury ne doit pas avoir méconnue.

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Celeste Bronzetti

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