Théâtre

La chambre de Camille, merveille charnelle au Lavoir Moderne Parisien

La chambre de Camille, merveille charnelle au Lavoir Moderne Parisien

25 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Camille Claudel , on l’imagine au moment de son internement, refait le fil de son existence. Dans la version de la compagnie Hippocampe, les sculptures prennent vie dans une technique contemporaine du mime dépoussiérant le genre. Superbe.

Dans « La chambre de Camille « , il y a Camille Claudel, qui dort comme en suspension, il y a des tables et des chaises, de la musique et des textes « Quand nous nous réveillons d’entre les mort » d’ Henrik Ibsen , « Lettres à Lou et Poèmes à Lou » de Guillaume Apollinaire , « Lettres d’Auguste Rodin à Camille Claudel » , on y trouve aussi trois sculptures devenant tour à tour Rodin, Paul, Irène…

Le spectacle utilise le mime corporel, une version chorégraphiée de cet art où le silence n’existe pas . Les mots sont présents, souvent supplées par les mélodies de Ricardo Herz. Les sculptures torturées de Claudel sont ici présentées dans leur processus de créations. Corps malmenés, figés, balancés, Sonia Alcaraz Cartagena, Melody Maloux, Guillaume le Pape, Luis Torreão, ces comédiens acrobates, ne mouftent pas , les regards sont droits, les mouvements gardent la mémoire exacte de la figure imposée.

C’est avec une douceur incroyable qu’est exprimée la violence infinie des tourments de Camille Claudel. Sa passion avec Rodin est ici racontée avec brio. Les comédiens-danseurs-acrobates, peut être tout simplement mimes, sont d’attachants interprètes . Le transfert affectif avec eux est immédiat , agrémenté d’une belle interaction surprenante avec le public. On vous susurrera à l’oreille des déclarations d’amour, surprenant, agréable, voila une idée géniale.

Laissez vous surprendre par cette plongée dans l’art plastique transcendée par le spectacle vivant. Un pur chef d’œuvre.

Extrait
Mon p’tit Lou adoré
Je voudrais mourir un jour que tu m’aimes
Je voudrais être beau pour que tu m’aimes
Je voudrais être fort pour que tu m’aimes
Je voudrais être jeune jeune pour que tu m’aimes
Je voudrais que la guerre recommençât pour que tu m’aimes
Je voudrais te prendre pour que tu m’aimes
Je voudrais te fesser pour que tu m’aimes
Je voudrais te faire mal pour que tu m’aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans une chambre d’hôtel à Grasse pour que tu m’aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans mon petit bureau près de la terrasse couchés sur le Iit de fumerie pour que tu m’aimes
Je voudrais que tu sois ma soeur pour t’aimer incestueusement
Je voudrais que tu eusses été ma cousine pour qu’on se soit aimés très jeunes
Je voudrais que tu sois mon cheval pour te chevaucher longtemps longtemps
Je voudrais que tu sois mon coeur pour te sentir toujours en moi
Je voudrais que tu sois le paradis ou l’enfer selon le lieu où j’aille
Je voudrais que tu sois un petit garçon pour être ton précepteur
Je voudrais que tu sois la nuit pour nous aimer dans les ténèbres
Je voudrais que tu sois ma vie pour être par toi seule
Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d’un soudain amour
Extrait de Poèmes à Lou, Guillaume Apollinaire, © Ed. Gallimard

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “La chambre de Camille, merveille charnelle au Lavoir Moderne Parisien”

Commentaire(s)

  • Justine H.

    Sublime corps à corps dans l’intimité de la Chambre de Camille. Des corps muent par toute l’âme de ces quatre funambules, avec toute la volupté d’un chat.
    Les écritures se croisent et se décroisent : écriture chorégraphique, écriture épistolaire, écriture poétique et enfin écriture théâtrale. Et c’est pourtant cette dernière qui fait un peu défaut à ce spectacle. Des personnages qui ne s’identifient pas si facilement au départ, mais qui dans un second temps donne à la confusion des genres (sculpteur-sculptés) toute la force de ce spectacle comme un miroir à la confusion de sentiments, à tous les antagonismes de la passion… jusqu’à parfois même trouver des instants de grâces dans les tableaux offerts. On en sort léger et infiniment sous le charme de cette performance des corps, et la réelle envie de suivre cette compagnie de l’hippocampe dans leurs prochaines propositions.

    juin 5, 2011 at 16 h 20 min

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