Théâtre

L’inepte travail de Jean-Pierre Garnier sur La coupe et les lèvres

11 octobre 2010 | PAR La Rédaction

Bien que ce ne soit pas une œuvre connue de Musset ni même une pièce de théâtre, La Coupe et les lèvres est un texte sublime, puissant, qui méritait largement d’être porté à la scène et c’est tout à l’honneur du metteur en scène Jean-Pierre Garnier d’en proposer sa version, jouée par de jeunes acteurs, au Théâtre de la Tempête. Malheureusement, le travail ultra-formel et sophistiqué qu’il réalise dessert totalement le poème dramatique rendu quasi inintelligible.

Jean-Pierre Garnier a souhaité réunir onze acteurs autour du seul personnage de Franck, le héros romantique et révolté de l’intrigue. Les répliques ont été découpées arbitrairement et réparties entre les comédiens qui  tour à tour assument la parole du personnage ou celle des rôles secondaires. L’idée est aussi courte que floue et on ne saisit pas vraiment ce qu’apporte en plus ce dispositif à part le désordre. En tout cas, ce travail d’uniformisation du jeu ne met pas en valeur les comédiens qui malgré de véritables personnalités inexploitées sont absolument interchangeables, décidément au service de la choralité.

Les acteurs sont, toutes et tous, jeunes, beaux, talentueux, et paraissent évidemment les fils spirituels du jeune Musset dont ils relayent, 200 ans après, les désillusions comme les utopies, la révolte comme forme de résistance face à la société et on est frappé par l’actualité de ces thèmes. Ils exécutent avec une certaine prouesse une partition difficile et exigeante. Certains ont déjà fait leurs preuves sous la direction de grands metteurs en scène : Matthieu Dessertine chez Olivier Py, Thomas Durand avec Emmanuel Demarcy-Mota, Marie Nicolle, Sylvain Dieuaide, d’autres sont pour nous de belles révélations. Pourtant on a du mal à assumer cet air transi, faussement habité dont ils abusent, le ton grandiloquent de sociétaire, braillard et maniéré dont ils font preuve. Ils font probablement ce que leur demande le metteur en scène mais Jean-Pierre Garnier a le lyrisme poussif et indigeste d’un autre temps.

Avec Bond, Wedekind ou encore Arnaud Cathrine, Jean-Pierre Garnier s’applique à constituer son œuvre autour de l’exploration du thème de la jeunesse, sa place dans la société. Il cite comme référence le réalisateur Gus Van Sant dont il ne semble pas avoir retenu l’humanité exacerbée et la profondeur des silences. Car ce spectacle formel comporte bien des limites tant il est superficiel. Le sens du texte ne nous parvient pas. Une incessante et inutile agitation sur le plateau rend le poème inaudible, parasité par une saturation de musique, de cris et de bruits. Malgré les nombreux changements de décors et les allures de cabaret que prend le spectacle, c’est long, on s’ennuie ferme.

La Coupe et les lèvres, au Théâtre de la tempête jusqu’au 24 octobre. A la Cartoucherie de Vincennes. 01 43 28 36 36.

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La Rédaction

4 thoughts on “L’inepte travail de Jean-Pierre Garnier sur La coupe et les lèvres”

Commentaire(s)

  • Une amatrice de théâtre

    Je souhaitais, après la lecture de cette critique, vous faire part de mon avis totalement contraire.
    Je suis récemment aller voir cette pièce et elle m’a beaucoup plu. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, et le choix du metteur en scène d’avoir 11 comédiens pour Franck m’a agréablement surprise.
    Je vous conseille vivement d’aller la voir, car bien que mon avis sois l’inverse de l’article, il vaut toujours mieux se faire sa propre idée.

    octobre 12, 2010 at 10 h 16 min
  • Alice

    J’ai également assisté à cette pièce avec plusieurs amis. Tous ont été séduit par tant d’ingéniosité dans la mise en scène. Pour ma part, j’ai été très touchée par la générosité que se dégage de cette représentation de la pièce de Musset, générosité dans la mise en scène, générosité chez les comédiens. Partout, le talent prime et c’est remarquable.Ces comédiens sont beaux, c’est vrai, peut-être est ce la mise en scène qui les magnifie ainsi. Mais en plus, ils jouent bien, ils bougent bien, ils jouent de la musique dans des conditions qui ne sont pas faciles, ils chantent (mention particulière à Antoine Philippot, bouleversant). Il suffit de regarder, de se laisser faire, de se laisser prendre, de se laisser gagner, de s’abandonner pour être atteint. Comme ça fait du bien !

    octobre 12, 2010 at 17 h 06 min
  • Emma

    Je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous affirmez: je ne suis pas une adèpte de théâtre, la plus part du temps ça m’ennuie et je n’arrive pas à apprécier. Mais « La coupe et les Lèvres » m’a agréablement suprise: la mise en scène de Jean Pierre Garnier est juste sublime, ça chante, ça bouge, ça vie de partout! La musique nous emporte et les comédiens sont tous autant magnifiques et doués. Le jeu sur la répétition de plusieur scènes est interessant: il nous permet de comprendre differement, on adopte plusieurs points de vu dont la façon dont c’est joué et parfois même cela nous aide à mieux comprendre. Je recommande vivement ce spectacle!

    octobre 17, 2010 at 21 h 07 min
  • Decorde Nathalie

    Merci pour votre article très critique certes mais auquel je dois avouer que j’adhère en majorité.
    Je sors juste de la pièce vue à Montpellier ce soir.
    Malgré un intérêt pour le spectacle, je n’ai rien compris à la pièce, trop confuse et étant musicienne professionnelle, je dois reconnaître que Jean-pierre Garnier devrait se lancer dans la mise en scène d’opéra plutôt que de continuer à tenter d’interprèter Musset.
    Bien que tout son désordre et cette profusion d’effets ne soient pas non plus une garantie pour une meilleure réussite.
    On dirait qu’il a peur de mourir demain et qu’il voudrait étaler toutes ces idées dans la même pièce de théâtre.
    Cela m’a toutefois donné l’envie de lire la pièce en sortant pour tenter de comprendre Musset mais en demandant la pièce au vendeur de Sauramps dans le hall, je me suis découragée lorsqu’ il m’a dit que le spectacle étaient des collages de trois pièces.
    J’ai failli m’endormir de lassitude,devant les longueurs et l’inaudibilité du texte. Ce n’est pas par manque d’efforts de ma part pourtant car j’étais bien disposée à comprendre. A moins que je sois stupide parfois, je reviens chez moi un peu fatiguée et frustrée.
    Certes les acteurs sont formidables et ont accompli un grand travail mais ils feraient bien de chercher à mettre leur talent dans du théâtre de Musset ou autre que l’on peut comprendre. Ce serait mieux pour le spectateur moyen. Pour moi, par exemple. Le théâtre, c’est bien-sûr de la mise en scène mais avant tout le texte, le contenu.
    Ce soir il n’y avait pas de contenu, car il était parasité, bruité, avec des gestes et des mouvements par milliers totalement aberrants.
    Jean-Pierre Garnier, vous devriez écouter Beethoven plus souvent si vous voulez écrire des partitions symphoniques. Il aurait beaucoup à vous apprendre par sa recherche de l’absolu, de la simplicité du message, par une recherche du timbre, des nuances, du phrasé, du contrepoint,de la mise en valeur des voix, du choeur de l’harmonie,par un travail gigantesque au service de l’humanité et non dans des délires personnels.Et si vous n’aimez pas Beethoven, vous pouvez tester Bartok ou Mozart ou Stravinski.
    Ils auront beaucoup à vous faire méditer sur l’essentiel de ce que l’on a à transmettre.

    janvier 15, 2011 at 1 h 27 min

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