Théâtre

L’Echange de Claudel joué à l’Athénée

11 mars 2011 | PAR Christophe Candoni

Bernard Lévy monte l’Echange de Paul Claudel à l’Athénée, pas la première version de jeunesse mais celle revue et corrigée par l’auteur en 1951. Peu importe, la pièce est sublime et même un demi-siècle après la mouture de 1894, la pièce conserve sa portée visionnaire dans sa description apocalyptique de la descente aux Enfers de notre monde contemporain et de l’anéantissement de l’homme dans une société ultra-marchande. La mise en scène est proche du texte tout en proposant une petite actualisation, présentant les personnages Marthe et Louis comme des gens du voyage pour questionner à nouveau leur « être au monde ».

C’est une sorte de fable édifiante qu’a écrit Claudel, une parabole de l’innocence corrompue et de la tentation illusoire en mettant en scène Louis Laine, épris de liberté, séduit par l’Amérique et le Dollar roi. Audrey Bonnet et Pierric Plathier, gâtés par de si beaux rôles, jouent ce couple de jeunes gens nomades, assoiffés d’itinérance et d’ailleurs (l’horizon que projette la vidéo parfaitement utilisée) et plantés sur un terrain vague où est postée leur vieille caravane de taule. Elle, parfois monocorde, est une Marthe subtile, dure et forte, dévouée et altruiste, elle se défait lentement de l’épaisse carapace qui l’entoure à mesure que la représentation progresse et la fin est poignante. Elle a tout quitté par amour pour suivre Laine qu’elle appelle « mon peau-rouge » et c’est ce qu’il manque à l’interprétation de l’acteur, de la sauvagerie, de la dangerosité. En revanche, il déploie très justement une candeur enfantine mêlée d’une certaine brutalité maladroite, une douce nonchalance, l’égarement, l’oisiveté du « rêveur de rêves » en osmose avec la nature. Les deux acteurs sont doués, convaincants mais parfois presque trop sympathiques ; il joue de la guitare, elle fait son pain, mange du miel et prennent leur petit déjeuner au soleil en écoutant la radio, ce qui donne une scène de la vie mais semble bien anecdotique. Pierre-Alain Chapuis est Pollock Nageoire, à la fois prédateur cynique et désabusé, calculateur fatigué et rompu aux lois du marché, « tout vaut tant » est la devise de ce propriétaire terrien qui fait, défait et refait sa fortune. Aline Le Berre joue une Lechy artificielle, drôle et troublante.

C’est joué un peu lent mais fort bien dit. On entend bien les mots, l’histoire est claire, concrète mais il n’y a pas suffisamment de souffle. Cette mise en scène de L’Echange est bien pensée mais peut-être une peu trop littérale. Elle a la qualité de rendre limpide les enjeux de la pièce qu’elle sert avec respect mais aussi sagesse, en édulcorant la sensualité et la portée scandaleuse qu’elle contient.

Crédit : Philippe Delacroix

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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