Théâtre
L’assommant Socle des vertiges de Dieudonné Niangouna

L’assommant Socle des vertiges de Dieudonné Niangouna

15 novembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Dieudonné Niangouna est auteur, acteur et metteur en scène. En 2013, il sera artiste associé au Festival d’Avignon, il y a déjà présenté deux productions avec sa compagnie Les Bruits de la rue. Sa dernière création, le Socle des vertiges, se joue en ce moment au théâtre des Amandiers à Nanterre. La représentation, longue de plus de deux heures, est variablement percutante, floue et éclatée tant sur la forme que sur le fond. La pièce brasse de nombreux thèmes politiques et humains. Elle veut dire beaucoup de choses sans parvenir à se faire vraiment entendre.

Le Congo présenté par Dieudonné Niangouna paraît débarrassé de tous les clichés folkloriques habituels. L’artiste décrit une terre vécue, éprouvée, intimement liée à son histoire personnelle. Il est né à Brazaville en 1976 et y a passé sa jeunesse. Son texte en est forcément imprégné. Ce qu’il raconte est en grande partie voire uniformément dénonciateur lorsqu’il évoque la violence de la guerre, la corruption du pouvoir, l’argent vainqueur qui pourrit tout, le sacrifice de la nouvelle génération, quand il questionne l’héritage de la colonisation et le phénomène d’acculturation, ou s’exaspère du caractère cyclique du temps au cours duquel les tyrans succèdent aux tyrans…, si bien que la revendication et le message politique délivré avec insistance laissent peu de place à l’émotion et cela manque cruellement au spectacle. La trame narrative dont le beau sujet raconte les retrouvailles entre deux frères se trouve comme relayée au second plan tant elle est happée par la diarrhée verbale. Cette parole continuellement jaillissante s’enlise dans la prolifération excessive et l’éparpillement causé par le manque d’unité. Laa forme scénique n’aide pas à restituer le propos de façon audible. Demeurent de belles images, à commencer par le début : l’entrée silencieuse d’un homme qui tient à la main un seau rempli de boue puis se le renverse sur la tête.

On reproche aussi au spectacle une certaine complaisance dans le sordide redondant à cause du faible éclairage et l’emploi de la vidéo qui présente des films peu nécessaires et à la limite du supportable comme la saignée d’une vache abattue et découpée. En revanche l’énergie rageuse, sauvage des interprètes qui parfois livrent de beaux accents de sincérité traduit leur rapport au monde complexe et désillusionné.

 

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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