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Jours Souterrain au Théâtre du Nord : variations sur l’enfermement

Jours Souterrain au Théâtre du Nord : variations sur l’enfermement

27 janvier 2012 | PAR Audrey Chaix

Écrit par le Norvégien Arne Lyngre, mis en scène par Jacques Vincey, Jours Souterrains raconte l’histoire cruelle, surréelle, d’un homme qui séquestre ses victimes pour les « guérir », pour les protéger du monde qui les entoure. Un sujet dur, qui évoque certains horribles faits divers, et fait monter une tension presque insupportable.

Écriture et décor sont extrêmement dépouillés dans cette mise en scène très particulière. La scène est vide, à peine une ou deux chaises pour que les comédiens reposent leurs corps. Tout est suggéré, notamment par un curieux processus : en plus de dire leur texte, les personnages énoncent également les didascalies. Le procédé apparaît parfois très pertinent et efficace, notamment lorsque les comédiens disent qu’ils crient au lieu de crier : cela rend cette pièce, dont le sujet est d’une extrême violence, étrangement calme, comme étouffée par les parois du bunker où sont enfermés les victimes du kidnappeur. Cependant, énoncer les didascalies provoque également une désagréable sensation de répétition, qui donne l’impression que la pièce tourne en rond.

Car ce thème de la boucle, de l’enfermement, revient sans cesse dans cette mise en scène : l’élément de décor le plus visible est un mur circulaire, les premières lignes prononcées par le kidnappeur sont répétées alors que la pièce s’achève par l’un de ses victimes, de nombreuses scènes se répètent alors que de nouvelles victimes sont amenées dans le bunker. Si cela rend la sensation d’enfermement palpable, réelle pour le public, cela contribue également à donner le sentiment que la pièce tourne en rond, sans jamais trouver de porte de sortie.

A cela s’ajoute une tension extrême, magnifiquement portée par les quatre comédiens – avec une mention particulière pour Sabrina Kouroughli, excellente entre rébellion et vulnérabilité. Une tension telle qu’elle atteint le public, donc la qualité de silence, ce soir-là au Théâtre de l’Idéal, était d’une rare intensité. Une pièce difficile, dont on ressort les muscles endoloris de tension, à laquelle on ne saurait rester indifférent.

© Pierre Grosbois

 

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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