Théâtre
« Je suis perdu » de Guillermo Pisani : Trois mouvements sur l’Etranger

« Je suis perdu » de Guillermo Pisani : Trois mouvements sur l’Etranger

19 février 2021 | PAR Eliaz Ait Seddik

Ce samedi 13 février, aux Plateaux Sauvages, nous avons pu assister au filage de « Je suis perdu » de Guillermo Pisani, variation en trois temps sur la figure de l’étranger. 

Il fallait bien notre époque actuelle pour être invité à assister à la représentation de ce qui, des mots mêmes du metteur en scène, n’était « pas un objet fini ». Mais, mis a part quelques petites baisses de rythme, le triptyque de Guillermo Pisani, reste une interrogation formelle passionnante sur la représentation des étrangers au théâtre. Car, encore trop souvent, dans le domaine de l’Art, L’Autre, L’Etranger, reste une figure allégorique et stéréotypé ou le garant d’un engagement social, mais rarement un personnage à part entière, avec ses caractéristiques et désirs propres. 

Pour aller à l’encontre de ces visions réductrices, Guillermo Pisani a alors fait le choix de proposer une variation en trois temps, trois courtes pièces aux genres différents avec les trois comédien.nes présent.es sur scène alternant celui.elle jouant le rôle de l’étranger.e. Dans un enchainement de perspectives radicalement différentes, le théatre de la menace de la première pièce ; présentant Asmat (joué par Arthur Igual), un demander d’asile hébergé chez une jeune parisienne Agathe (interprétée par Caroline Arrouas), qui disparait la nuit sans donner d’explications ; laisse place à la comédie des comédiens, d’un auteur syrien cherchant à monter un vaudeville, et enfin au Polar dans le milieu de la recherche scientifique. 

Interroger le regard du spectateur

Tant de propositions audacieuses qui sont à des kilomètres de la vision mélodramatique traditionnelle donnée des étrangers et qui ne cessent d’interroger le regard du spectateur, en jouant sur le hors-scène et les non-dits. Ainsi, lorsqu’Asmat s’éclipse de l’appartement d’Agathe la nuit, n’est-on pas trop vite tenté de lui inventer les pires intentions ? Et, n’est-on pas tout aussi surpris que la directrice du théâtre lorsque l’auteur syrien affirme ne plus vouloir faire de pièce sur sa jeunesse en Syrie mais plutôt un vaudeville sur les aventures extra-conjugales du Maire de Paris ? 

En tout cas, si chaque pièce propose des personnages et des situations différentes, elles sont toutes trois parcourues insidieusement par les fils de l’incommunicabilité et de l’irrésolution. Peu importe leurs intentions, les protagonistes ne semblent jamais tout à fait comprendre l’autre et le fin mot de leurs histoires ne nous ai jamais donné. Car, Guillermo Pisani le sait bien, L’Autre est un mystère bien trop grand pour être résolu en deux heures et trois mouvements. 

Je suis perdu, de Guillermo Pisani, avec: Arthur Igual, Caroline Arrouas et Elsa Guedj. 

Prochaines représentations : Le 5 et 6 septembre 2032 aux Plateaux Sauvages.

Visuel : ©Pauline Le Goff.

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Eliaz Ait Seddik

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