Théâtre

Forced Entertainment s’emmêle les pinceaux au Centre Pompidou

12 octobre 2010 | PAR Soline Pillet

Les Anglais déjantés de Forced Entertainment reviennent pour la troisième fois à Paris dans le cadre du Festival d’Automne. Après ‘Sight Is The Sense That Dying People Tend to Lose First’, sobre monologue présenté l’année dernière au Théâtre de la Bastille, le metteur en scène Tim Etchells investit le Centre Pompidou avec ‘The Thrill of It All’. Une pièce bruyante, nerveuse, foisonnante et colorée, aux antipodes de la précédente.

Le premier tableau de ‘The Thrill of It All’ est un enchantement visuel et burlesque : neuf danseurs comédiens, cinq hommes et quatre femmes bardés de costumes de mafiosi et de majorettes au ridicule extrêmement travaillé s’évertuent dans des chorégraphies assorties à leur tenue. Trouvailles gestuelles réjouissantes de fausse maladresse, quinconces au poil et autres ballets d’ensemble à la précision savante sur fond de musique pop japonaise font franchement du bien à l’heure où la danse oublie souvent de rire d’elle-même. Malheureusement, le metteur en scène Tim Etchells exploite  jusqu’à exaspération ce procédé initialement rafraîchissant. Le petit vent de folie soufflé sur le public lors du premier tableau retombe déjà lors du second et du troisième, qui utilisent exactement les mêmes ficelles.

Quand l’hystérie chorégraphique retombe enfin, nos vrais faux danseurs s’emparent de micros trafiquant le son de leur voix, pour verser dans la partie théâtrale de la pièce – Forced Entertainment est en effet une compagnie de « physical theatre », genre très prisé en Angleterre. De nombreux « numéros » (selon le terme utilisé dans la pièce aux allures de cabaret) se succèdent alors, monologues, dialogues, ou scènes collectives se terminant en baston, entrecoupés de séquences de cette fameuse gesticulation qui, bien que franchement drôles, finissent par lasser. Sans être dépourvu d’intérêt, le propos général est obscur tant les scènes sont décousues, et le fil conducteur, incertain. Forced Entertainment diffuse sous forme de situations métaphoriques la métaphysique sombre qui fait sa marque de fabrique. Ces réflexions sur l’absurdité et la violence de la vie et des relations sociales, camouflées derrière un humour noir et une fausse légèreté révélateurs des angoisses d’une époque étaient déjà perceptibles dans ‘Spectacular’, ‘Sight is The Sense’, et ‘Void Story’.

Malgré ses longueurs évidentes et son emballage cacophonique et clinquant qui finit par taper sur les nerfs, ‘The Thrill of It All’ ouvre cependant de nombreuses pistes de réflexion. La pièce dépeint les sévices et la cruauté des humains entre eux dans un contexte surréaliste de fête foraine plantée de palmiers en toc. Tous les éléments finissent par se mêler, ces personnages sans âge et sans identité précise – campés par neuf comédiens soudés par la même folie brillante – semblent évoluer sur une étrange petite planète où les paillettes noient la difficulté de survivre. « Ce serait bien si l’héroïne n’était pas addictive et qu’on pouvait en prendre tous les week-ends et quand même se lever pour aller travailler le lundi matin » lance l’une des comédiennes lors d’une séquence où les personnages formulent à tour de rôle un vœu, de leur voix robotique.

Comme à son habitude, Tim Etchells signe une fable cruelle et faussement naïve sur la déroute du monde contemporain. Son esprit direct et aiguisé et son efficace sobriété lui font cette fois malheureusement défaut, diluant inutilement un propos qui manque de cohérence.

‘The Thrill of It All’ de Forced Entertainment dans le cadre du Festival d’Automne à Paris – Du 6 au 9 octobre 2010 à 20h30 au Centre Pompidou – Place Georges Pompidou, Paris 4ème – Réservations : 01 44 78 12 33 – Tarif : 14 euros tarif plein, 10 euros tarif réduit

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

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