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Festival Prémices : Tristesse Animal Noir, Théâtre du Nord

Festival Prémices : Tristesse Animal Noir, Théâtre du Nord

16 avril 2012 | PAR Audrey Chaix

Au fin fond d’une forêt, alors qu’une canicule se fait sentir depuis 34 jours, un groupe d’amis, de bobos à tendance hippy, se retrouve pour un pique-nique loin de la ville, au contact de la nature. Six adultes et un bébé, tous un peu paumés, tous un peu imbus de leur personne, tous un peu médiocres. Jusqu’à ce que, dans un acte de négligence, ils déclenchent un incendie, transformant le week-end « retour aux sources » en enfer.

Mise en scène par Julien Gosselin, Tristesse Animal Noir est une pièce de l’Allemande Anja Hilling dont l’écriture, à la fois très immédiate et très travaillée, est difficile à mettre en scène, parce qu’elle demande des partis pris qui diffèrent selon les sensibilités et les interprétations.

Julien Gosselin choisit ici une mise en scène très frontale, où les comédiens s’adressent au public autant qu’ils échangent avec les protagonistes qui les entourent. La pièce se divise en trois parties distinctes. La première, alors que la bande d’amis se retrouve autour d’un barbecue,  s’axe sur la médiocrité de ces individus, préoccupés de leur seul nombril : l’architecte esquisse des mouvements de tai chi frisant le ridicule alors que l’ancien mannequin se pâme devant la forêt. Cependant, derrière son apparente banalité, alors que s’échangent boutades et généralités affligeantes, cette première séquence est capitale pour la suite de la pièce : il suffit de ne pas entrer dans la pièce à ce moment, de rester en dehors des joutes verbales, qui vont jusqu’à devenir des chansons, pour passer à côté de la pièce alors que se déclenche le drame.

Le début de l’incendie est mis en scène de façon magistrale : un immense nuage de fumée blanche part du plateau pour envahir la salle, laissant dans la gorge des spectateurs le goût âcre du brûlé. Ainsi commence la deuxième partie de la pièce : constituée de petites scènes, elle évoque les efforts surhumains de chacun pour rester en vie. Si les lumières et les jets de fumée contribuent à une scénographie réussie, cette partie finit par traîner en longueur, et le spectateur qui n’a pas été solidement accroché par la première partie se lasse vite de cette lutte pour survivre de personnages qui restent, au fond, relativement médiocres dans cette fournaise qu’ils ont eux-mêmes créée, sans même vouloir se l’avouer. Pas d’élévation pour ces citadins sans scrupules : qu’ils y restent ou qu’ils s’en sortent, plus ou moins entiers, plus ou moins touchés, ils restent résolument abaissés à leur condition d’humains, faibles et lâches alors que se révèlent des secrets enfouis, que se rompent des liens alors que d’autres apparaissent. Le feu apparaît alors comme un cruel révélateur d’âmes, mettant au jour les personnalités enfouies.

La troisième partie commence après un intermède de cinq minutes, pendant lequel s’enfuit discrètement une partie du public. Si la deuxième partie était difficile à traverser, ce dernier acte apparaît comme une chute d’intensité dramatique après la crise. Les rescapés de l’incendie sont tous touchés, physiquement comme moralement. L’un a quitté son compagnon pour partir avec un autre. L’autre a perdu sa femme, son enfant : sauvé par des paysans, il enterre des chevaux et répare un toit dévoré par les flammes. Certains sont pris de remords, convaincus de leur culpabilité, d’autres ferment les yeux pour recommencer comme si de rien n’était. Fleurissent alors les mécanismes de défense face à la tragédie, que ce soit l’ironie mordante, l’art ou même la mort : chacun réagit à sa manière.

Célébrée par la critique, servie par une belle brochette de jeunes comédiens, cette mise en scène ne nous a pas convaincus. Ce que nous regrettons, car elle ne manquait pas d’inventivité. Profondément médiocres, les personnages d’Anja Hilling mettent le spectateur face à la médiocrité de la nature humaine : rien de plus désagréable, sans doute.

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Crédit photos : Simon Gosselin

 

 

 

 

 

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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