Théâtre

[Festival d’Avignon] La belle vitalité des Sorelle Macaluso

[Festival d’Avignon] La belle vitalité des Sorelle Macaluso

16 juillet 2014 | PAR Christophe Candoni

A Avignon, le théâtre sanguin et épidermique d’Emma Dante a touché au cœur le public de festivaliers. Sa création Le Sorelle Macaluso s’est donnée jusqu’hier à guichet fermé avant une reprise parisienne au théâtre du Rond-Point en 2015.

Loin d’un théâtre hyperréaliste ou social, celui d’Emma Dante est poétique et dansé dans un souffle tourbillonnant. Il trouve son terreau à Palerme, une terre autant animée par la tradition que par l’insurrection, deux éléments bien présents dans l’œuvre de l’artiste sicilienne. Dans Le Sorelle Macaluso, cohabitent sans complexe la dévotion et la transgression. Le spectacle s’ouvre sur une étrange procession où les femmes vêtues de noir brandissent un crucifix. Lorsque cette même armée féminine se libère de ses stricts uniformes, elle laisse aller sa vive alacrité enfantine et exalte une sensualité affichée dans des robes légères aux couleurs éclatantes. Les cris, les sifflets, les chants, autant de rires et de pleurs fusent de toutes parts.

Les Sorelle racontent une existence à la fois dure et légère, faite d’histoires toujours liées à la précarité et à la perte. C’est une hécatombe familiale. On y meurt beaucoup. L’une d’entre elles disparaît dans un mauvais jeu d’enfant à la mer en se noyant. Dans cet univers matriarcal, on dénombre un fils, fan de foot et de Maradona, mort lui aussi,  victime d’un arrêt du cœur, tout comme le père qui assume une coquetterie surannée et féminine en ajustant compulsivement la mèche de ses cheveux avec un peigne vissé dans sa poche et en dormant en chemise de nuit dernier siècle.

Le jeu en dialecte palermitain est un peu trop volontaire voire hystérisé mais il y a quelque chose d’impulsif, de généreux chez ces interprètes qui est véritablement beau et touchant. Le spectacle inabouti donne malgré tout l’impression de rester à la surface de son propos qui certes s’empare de sujets profonds et existentiels mais sombre souvent dans l’anecdotique et une recherche d’émotion trop appuyée au mépris d’une réelle subversion.

Photo © Christophe Raynaud De Lage

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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