Théâtre
Etranges animaux, ouvrez grand vos oreilles : Valère Novarina à la Maison de la Poésie

Etranges animaux, ouvrez grand vos oreilles : Valère Novarina à la Maison de la Poésie

23 janvier 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Voici quarante années que le dramaturge franco-suisse nous livre ses mots étourdissants, en des pièces-monstres, véritables défis pour acteurs et lecteurs, qui rendent hommage de manière permanente à la langue française. En février 2014, la Maison de la Poésie de Paris recevra en ses murs Valère Novarina pour trois jours, durant lesquels seront présentées trois mises en scène de son œuvre la plus difficile : Le Discours aux animaux. Préparez-vous à être secoués.

NovarinaEn 1974, L’Atelier volant, première pièce de théâtre de Valère Novarina, était mise en scène. Depuis l’intérêt n’a jamais faibli autour de l’œuvre du dramaturge. Celui-ci monte aujourd’hui lui-même ses textes, créant des spectacles à mi-chemin entre l’art théâtral et la peinture.

Les 18, 19 et 20 février prochains, ce sont d’autres qui prendront en charge sa langue dévastatrice à la Maison de la Poésie (Paris 3ème), par le plus difficile des chemins : au cours des trois jours seront présentées trois mises en scène d’extraits du Discours aux animaux, texte le plus difficile de Novarina. Publié en 1987, composé à la fois comme une pièce et comme un roman, il met en scène un homme seul, qui parle à « des êtres sans réponse », des animaux. Le but de l’auteur est d’écrire sur « ce dont on ne parle pas », à savoir le moment où la langue abandonne l’homme, où celui-ci se retrouve sans mots.

Sur ce texte-défi, trois versions vont donc se succéder comme autant de paris. Tout d’abord, le mardi 18, une adaptation…en anglais ! N’ayez crainte, c’est un proche du dramaturge qui s’y collera : Valéry Warnotte, metteur en scène français, directeur de la compagnie L’Intervention et membre du collectif Dérézo qui pratique le « théâtre forain contemporain ». Travaillant entre Paris et les Etats-Unis, Warnotte a entamé en 2009 une collaboration avec Novarina afin de faire connaître son œuvre aux Américains et aux Canadiens. Après un premier spectacle créé en 2010 à Atlanta et à Washington, c’est maintenant une traduction de L’Animal du temps -version réduite « pour la scène » du Discours aux animaux– qui sera jouée, avec dans le rôle de l’homme, le canadien Chris Kayser, habitué des rôles burlesques. Le choc des langues promet de faire des étincelles dans nos oreilles.

Le lendemain se déroulera plus en douceur : Céline Schaeffer, habituée également à fréquenter l’auteur –elle l’assiste sur ses spectacles depuis 1999- dirigera Stanislas Roquette, rompu lui aussi à l’exercice novarinien, dans une mise en scène de L’Inquiétude, autre version réduite du Discours aux animaux. Reste à savoir ce qu’elle nous réservera en termes de traitement de l’espace, sa grande obsession. Comment, en effet, mettre en jeu théâtralement la question de l’interstice entre les mots prononcés et ceux qui les reçoivent ? Réponse le 19 février.

Enfin, le jeudi, pour terminer en beauté, un spectacle exceptionnel : le grand André Marcon reprendra son adaptation de L’Animal du temps créée en 1986. L’occasion de voir –ou revoir peut-être- un comédien génial dans un exercice de haute volée, ouvert à tous les accidents de langue.

Courez donc, en février, vous faire étourdir par une langue unique. Vous ouvrira-t-elle des perspectives sur le français ? Céderez-vous sous le poids d’un trop-plein de mots ? En tout cas, vous serez sûrs d’avoir appris à connaître Novarina.

Visuel : affiche du cycle Valère Novarina, 2010 © Théâtre de l’Odéon

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