Théâtre
Sujets à vif au festival d’Avignon, suite et fin

Sujets à vif au festival d’Avignon, suite et fin

21 juillet 2012 | PAR Christophe Candoni

Dans le beau cadre, à l’air frais, du Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph comme toujours, nous avons vu les deux derniers programmes des sujets à vif accompagnés et coproduits par la SACD au festival d’Avignon (les comptes rendus des programmes précédents sont ICI).

11h- programme C

CURTAIN

Une commande à Jonah Bokaer

Une statue de sable et un danseur se tiennent l’un à côté de l’autre : la première de face, amputée d’un bras déposé à l’avant-scène ; l’autre est de dos, dans une position similaire. Un conflit latent et imprévisible naît de cette cohabitation dans la mesure où le danseur brisera la statue pour prendre sa place et se statufier à son tour. La danse est souvent posée, paisible, constituée de larges mouvements au sol et en hauteur qui se déploient lentement et contre une certaine immobilité, le tout dans un travail d’alignement au carré. Curtain est une plongée dans l’esthétique de la danse contemporaine des années soixante-dix. La grammaire en est totalement cunighamiène. Les centres de gravités se font bas enrobés dans la musique de John Cage. Les trois danseurs dansent souvent les poings serrés, le regard perçant loin devant. On a vu un beau rapport à l’espace d’un point de vue gestuel et plastique car la matière vient pénétrer la nature. Les danseurs n’entrent pas sur le plateau, ils apparaissent et investissent l’endroit, sont en contact avec la verdure qui s’offre à proximité. La danse se fait minérale, méditative, sensible et troublante. Elle inspire un sentiment de plénitude et d’apesanteur.

L’INQUIÉTUDE

Une commande à Stanislas Roquette

Le jeune et admirable comédien Stanislas Roquette nous emporte littéralement dans un flux de paroles incessant, un soliloque écrit par Valère Novarina et au cours duquel il s’adresse aux animaux et à la végétation. Cette rafale de mots, de jeux de mots, de néologismes traduit la solitude et la nécessité d’expression d’un être sauvage et enfantin, sombre et radieux à la fois, ainsi que le compose l’acteur. Il est vêtu comme un garçonnet, il y a quelque chose d’un Gavroche dans son accoutrement, il surgit du côté de la scène avec des seaux emplis de gros cailloux, des cordes épaisses. On dirait un aventurier de l’existence, errant, haletant, dansant. Corps gaillard et verbe vif s’unissent et s’investissent prodigieusement.

18h- programme D

O

Une commande à Laurent Chétouane

C’est un solo à la simplicité telle qu’elle s’approche du non-évènement. On assiste interrogateur à un moment dansé comme si rien ne se passait, et c’est quand même une pièce, minimaliste, que l’on découvre. Le danseur semble égaré, il livre des mouvements sûrement intuitifs mais peu inspirés. Mikael Marklund sur scène, semble suivre un fil, une ligne apparemment droite qui finit par lui demander de nombreux détours. Sa danse nous évoque la perte des repères, la désorientation dans un espace non maîtrisé, une sorte de labyrinthe imaginaire. On attend en vain le moment de la cassure, où la danse ou quelque chose d’autre adviendrait mais rien. Le danseur occupe la scène sans véritablement s’en emparer, sans prendre le pouvoir dessus.

IN CREATION

Une commande à Gregory Maqoma

S’emparer de la scène, l’investir sans demi-mesure, c’est ce que font formidablement Gregory Maqoma et Dada Mabizela, qui après l’inertie vécue précédemment viennent installer sur le plateau un punch sidérant, un humour ravageur, une danse effervescente. Pourtant pour leur entrée sur scène, ils se montrent timides, discrets, comme s’ils s’excusaient d’être là. C’est évidemment un jeu de scène, signifiant pour ces deux danseurs originaires de l’Afrique du sud qui ironisent aussi sur la perception du corps noir faite de clichés. Ils se donnent généreusement et surtout la merveilleuse Dada dont l’énergie incroyable et la souplesse élastique de son corps sidère, au cours d’une danse progressive et déchaînée sur les sonorités rythmées de percussions africaines.

 

© Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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