Théâtre

Du foot qui décoiffe au Nouveau Théâtre de Montreuil

Du foot qui décoiffe au Nouveau Théâtre de Montreuil

05 juin 2019 | PAR Bénédicte Gattère

Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute Dans le dernier spectacle de Rébecca Chaillon, il est question de gazon, de filles et de foot. À la veille du mondial, la pièce est présentée dans le cadre de la programmation Passement de jambes du Nouveau Théâtre de Montreuil.

 

 

 

 

 

Le temps d’un match, la metteuse en scène et performeuse Rébecca Chaillon nous entraîne dans les vestiaires d’une équipe féminine de foot, dans les douches, sur le stade, et au-delà. C’est qu’il n’est pas question de rester clouée à son piquet dans Où la chèvre est attachée… ! Au travers de divers questionnements, elle nous amène à repenser ce sport populaire comme vecteur de discriminations mais aussi d’émancipation. Dès l’enfance, le sexisme éloigne les filles du ballon rond dans la cour de récré. Si elles ont quand même pu l’approcher, c’est à l’adolescence que beaucoup quittent leur club de peur de passer pour un « garçon manqué ». Et même si l’on pense être un garçon « très réussi » comme le dit l’un.e des membres de l’équipe formée sur scène par Rébecca Chaillon, la société nous rappelle qu’il est préférable d’être sexy plutôt que d’être performante.

Les clubs féminins manquent de moyens, même au plus haut niveau. Les joueuses sont dénuées d’équipement dignes de ce nom et on l’a vu tout récemment, l’équipe nationale s’est vue refuser l’accès au site de Clairefontaine « pour le laisser aux Bleus ». Sans parler des tests de testostérone imposés à des athlètes  comme Caster Semenya, triple championne du monde du 800 mètres. Les femmes qui gagnent restent suspectes. Car, comme il est dit avec beaucoup d’humour dans le spectacle, « est-ce qu’on fait faire des tests d’œstrogènes » aux sportifs aux performances un peu trop faibles ? 

Dans les méandres du désir de vouloir taper le ballon quand on est une femme (ou assignée femme à la naissance), qu’est-ce qui s’y loge ? Les 11 membres de l’équipe ne sont pas des footballeuses professionnelles ni confirmées, sauf l’un qui a joué plus jeune au PSG et deux d’entre eux qui sont joueuses dans l’équipe militante des Dégommeuses. La rencontre avec cette équipe a été décisive pour la metteuse en scène qui a décidé de faire un spectacle après des échanges nourris et un investissement personnel aux côtés des joueuses. Les Dégommeuses revendiquent l’aspect militant de leur club. Prendre la place sur le terrain, c’est prendre sa place dans la société, en suivant ses propres règles. Souvent lesbiennes et luttant contre LGBTphobies, elles se placent à cet endroit, où l’on s’interroge sur la sexualité de ces femmes sportives, qui osent se dépasser et faire ce qu’elles veulent de leurs corps. La loi du silence est de mise dans le sport professionnel, même si, avec des figures comme Amélie Mauresmo, les langues se délient. Sur la pelouse, on s’exprime différemment, plus librement. 

La pièce, tout à fait d’actualité, permet d’amener un sujet inédit et original sur le plateau. Les spectateurs peuvent toutefois regretter des longueurs. La mise en questionnement des discriminations demeure intéressante dans une société qui en est toujours imprégnée. Cependant, les lignes bougent et les débats sur des sujets aujourd’hui bien défrichés peuvent être lassants. Le texte de la pièce à proprement parler nous perd un peu. Les tirades parfois emphatiques mettent plus en jeu le regard que la société pose sur les femmes qui font du foot que leur rapport intime, et généralement plus complexe, à leur corps. Heureusement, la mise en scène est inventive et ludique. L’utilisation de vidéos en direct de commentatrices passionnées, d’un filet de cage de foot et de terre sur le plateau le faisant ressembler à un véritable stade créent l’illusion et nous emporte. 

Cet été, la France sera le pays hôte du Mondial de foot qui va se dérouler du 7 juin au 7 juillet. En attendant le coup d’envoi, nous vous conseillons de suivre la programmation du  Nouveau Théâtre de Montreuil  qui interroge les liens étroits qui unissent genre et sport, dépoussiérant les clichés. Plein de spectacles sont encore à venir, ponctués de conférences, de retransmissions de matchs et d’événements divers ! 

Du 3 au 11 juin 

au Nouveau Théâtre de Montreuil 

  • salle Jean-Pierre Vernant, 10 place Jean-Jaurès
  • salle Maria Casarès, 63 rue Victor Hugo

 

Visuels : © Sophie Madigand

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Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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