Théâtre

Docteur Faustus plante son laboratoire aux Abbesses

13 décembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Du mythe de Faust, on connaît le célèbre texte de Goethe ou l’opéra de Gounod. C’est la pièce bien antérieure de Christopher Marlowe, Docteur Faustus, que nous découvrons au Théâtre des Abbesses dans une production très contemporaine mise en scène par Victor Gauthier-Martin à la tête de la compagnie Microsystème. Le rôle-titre est interprété par Philippe Demarle.


La voix caverneuse, les cheveux hirsutes et l’allure d’une star du rock, Philippe Demarle campe un Faust iconoclaste qui, s’il a étudié la théologie, ne semble pas pour autant très catholique. Adieu le ciel, ce Faust-là est voué aux Enfers de Lucifer. Le savant praticien de sciences maudites et de magie pactise avec le diable et le paie de sa vie. L’acteur, survolté, agile et bondissant, figure avec force la trajectoire de cet ange déchu qui se brûle les ailes, cette âme damnée, assoiffée de connaissance et d’utopie, aspirée par la perdition. Il réalise une performance impressionnante mais se trouve malheureusement assez mal entouré par ses partenaires.

Le metteur en scène Victor Gauthier-Martin met en parallèle la quête de Faust qui n’en finit pas de repousser les limites humaines et notre monde contemporain, bourré de progrès et de technologies nouvelles. Le mythe se voit plongé dans une ambiance High Tech à la fois fascinante et anxiogène, faite d’ordinateurs, d’écrans vidéo, de câbles et de rétroprojecteurs. Plutôt que de mise en scène, il faudrait parler ici d’installation, sophistiquée mais aussi brouillonne.

Il y manque l’essentiel : l’émotion. On ne parvient pas non plus à entendre l’insolence et l’ardeur audacieuses de la vision humaniste du monde contenue dans le texte de Marlowe qui se positionne contre les autorités religieuses obscurantistes de l’époque. L’humour est puéril, grotesque, notamment dans la représentation ridicule qui est faite des sept pêchés capitaux. Les deux heures de spectacle paraissent longuettes. On est intrigué mais peu convaincu.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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