Théâtre
Dieu sur les planches

Dieu sur les planches

21 mai 2011 | PAR La Rédaction

En 2009, Jan Fabre , dans une Orgie de la Tolérance, présentait un christ exangue et blasé en fond de scène. Si selon le flamand le christianisme n’en n’ est pas à son meilleur jour, nombreuses sont les productions évoquant le religieux sur les planches. Que ce soit l’idée de « dieu » ou son absence, le théâtre, telle est sa fonction, vient interroger l’essence même des hommes. Retour sur les pièces phares des dernières saisons.


Ces jours ci…

Le futur ex-directeur de l’Odeon Olivier Py présente en ce moment une trilogie Eschyle où les personnages sont confrontés à la fois à la folie des hommes et à la puissance des Dieux dans une dualité permanente. Dans les Sept contre Thèbes , il est dit   » Les dieux abandonnent les perdants » et « il ne faut pas ajouter le malheur au malheur ». Les hommes apparaissent responsables de leurs actes, mais quand ils trahissent les oracles, tel Xerxès qui fait l’affront de relier les rives du Bosphore par un pont, ils sont gravement punis.

 

Une présence permanente

La théologie et tout ce qu’elle comporte de sérieux peut séduire le public lorsqu’elle est bien amenée. Retour sur l’énorme succès, a priori peu prévisible, de Bonté divine au théâtre de la Gaîté Montparnasse.

La pièce, coécrite par Louis-Michel Colla et Frédéric Lenoir, rédacteur en chef du Monde des religions, s’est jouée une saison entière (2009-2010) à Paris puis en tournée, ce qui est de plus en plus rare dans la conjoncture actuelle. Christophe Lidon mettait en scène quatre dignitaires religieux, un imam, un moine bouddhiste, un prêtre catholique et un rabbin dans  un échange inter religieux (le ton est entre le boulevard et le dialogue philosophique) qui aborde le sujet de la foi et la manière de se réaliser dans sa croyance. Roland Giraud y jouait avec conviction un homme d’église ébranlé par le doute, qui avoue à ses confrères ne plus croire en Dieu, en souffre et leur demande de l’écoute et de l’aide. La présence de l’acteur est évidemment une des clés qui explique ce succès populaire. La critique Fabienne Pascaud l’analysait autrement dans Télérama au moment de la création du spectacle : « Ce mysticisme sincère, simple, sans fioritures (…) touche le cœur des spectateurs ». A l’évidence, la pièce faisait écho aux interrogations des gens, preuve que tous n’attendent pas du théâtre qu’un simple divertissement mais la production d’un réel discours sur des sujets sensibles et humains.

ciel

C’est ce qu’a également proposé Catherine Anne avec sa pièce Le Ciel est pour tous présentée à deux reprises au TEP. Elle interrogeait sans tabou des thèmes en prise avec l’actualité, des questions autour de la tolérance et la laïcité à travers la chronique quotidienne d’une famille athée rattrapée soudainement par la religion lorsqu’Hélène, à la mort de son père, veut rencontrer un curé et organiser une cérémonie religieuse. Elle se heurte à la difficulté de parler, à l’incompréhension des membres de sa famille qui se déchire jusqu’à tomber dans la tragédie.

 

 

Le cas Novarina

Tout comme Olivier Py, mais de façon très différente, Dieu est présent dans le théâtre de Valère Novarina.

Le théâtre contemporain aime à s’éloigner de Dieu à transgresser le monde, ses valeurs et ses limites pour choquer ou bousculer le spectateur dans une forme d’anarchie souvent attribuée aux saltimbanques…Il n’en est rien dans le théâtre atypique de Valère Novarina, sa vision contemporaine du monde est reliée au passé du verbe, à notre histoire aussi ancienne soit-elle, aux références communes à toutes les religions, propre à la spiritualité sous toutes ses formes.

Valère Novarina aime à faire passer le sang des autres dans ses veines, il écrit pour et par les acteurs, le verbe se fait chair et le langage propre à l’homme peut alors apparaître pour donner l’entendement aux sourds, la couleur aux aveugles et le rythme cardiaque aux Hommes.

L’Homme est un trou pensant, un tube, une blessure, si on veut le faire taire il peut engloutir le monde de mots et lutter comme dans « Le babil des classes dangereuses » roman théâtral de 1978 monté par André Marcon en 1984 et récemment par Denys Podalidès et ses camarades de la Comédie Française. Un gouffre en ébullition, bouillonnant de langues mortes se met en scène dans la « Lutte des morts ». « Le drame de la Vie » livre une image de la création infinie, rivalise avec la bible et nomme 2587 personnages avec inventivité ou réalité. Novarina donne vie au monde par la bouche des acteurs et l’énumère sans relâche, 1739 cours d’eaux dans  » La chair de l’Homme », comme un écho au psaume CXXXVII et 1111 noms d’oiseaux dans « Le discours aux animaux » magnifiquement interprété par André Marcon.

Dans « La chair de l’homme » on retrouve 311 définitions du mot Dieu donné par des penseurs, des artistes, des metteurs en scène, des philosophes, des religieux…Une superbe affiche bleue liste ces définitions. Un des personnages Adramélech a un nom formé d’Ara : Adam et de l’hébreu Mélech (Malik en Arabe) qui signifie roi. Adam est donc le roi de ce monologue. Valère Novarina fait renaitre les morts sur scène, et les fait s’exprimer en chanson dans l’Opérette imaginaire par exemple où Michel Baudinat racontait sa douleur d’être monde sans être du monde, son passage puis son retour bousculant les choix des vivants. Rien n’est plus propre à Dieu que d’être toujours, on le retrouve dans « l’Origine rouge » avec Dominique Pinon qui tel le Christ dit  » Mort à la Mort » ou Daniel Znyk « Sauve qui peut » ainsi q’un sacrifice d’Abraham traité avec distance et ouverture.

Entre deux références aux évangiles et à la bible, « l’Acte inconnu » redonne vit à Daniel Znyk acteur grandissime ressuscité en marionnette immense avec le masque de son visage d’un réalisme troublant. Novarina veut en finir avec le sacré mais garde le spirituel chevillé aux mots et au jeu de l’acteur pour offrir aux spectateurs sa présence, son absence ou son vide plein de sens. « Le Vrai Sang » est aussi un hymne à la parole, à l’homme qui fait le monde, à ce que nous sommes, pourquoi nous vivons et quel sens nous donnons à ce monde sur une scénographie inspiré du Livre de Daniel. Un temps, deux temps et la moitié d’un temps, l’Art est dieu du monde, il le fait survivre et Novarina donne souffle au théâtre pour éviter la catastrophe ou la provoquer. La spiritualité est propre à chacun, le théâtre de Valère Novarina est ouvert à tous, il met en lumière le monde et permet aux spectateurs de rire, de pleurer, de réfléchir et surtout d’être libre.

 

Visuels:

(c) Ayo-Photo-Orgie de la Tolérance, Jan Fabre

(c) Odeon-Les Suppliantes

(c) François Bon-Valère Novarina

 

Bérenice Clerc, Christophe Candoni et Amélie Blaustein-Niddam

 

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