Théâtre
De toute façon, j’ai très peu de souvenirs / Eric Louis : Antoine… Antoine… « la boite à Vitez »

De toute façon, j’ai très peu de souvenirs / Eric Louis : Antoine… Antoine… « la boite à Vitez »

18 juillet 2021 | PAR Sylvia Botella

Éric Louis, comédien, metteur en scène et pédagogue crée la pièce De toute façon, j’ai très peu de souvenirs au Festival d’Avignon. Une manière bien à lui d’égrener ses souvenirs d’élève à l’École de Chaillot, promotion 1987-1989 avec les comédien.ne.s de l’ensemble 27 (École régionale des acteurs de Cannes et Marseille – ERACM et de la 79e promotion de l’École supérieure des arts et des techniques du théâtre (ENSATT). Et de nous plonger joyeusement dans la foisonnante complexité de la pédagogie, de la transmission sur la base du témoignage avec son maître Antoine Vitez disparu il y a trente ans exactement. Ici, l’émerveillement s’est invité. L’école et la vie brillent de mille feux.

Pourquoi De toute façon, j’ai très peu de souvenirs est-elle une pièce si juste, joyeuse, essentielle ? Écrite et mise en scène par Éric Louis, comédien, metteur en scène et pédagogue hypersensible, cette pièce, souvent drôle et au final profondément onirique, incarnée avec cœur et virtuosité par les comédien.ne.s de l’ensemble 27 (ERACM) et de la 79e promotion de ENSATT touche à l’authenticité la plus fine, atteignant l’immémorial. De toute façon, j’ai très peu de souvenirs tient dans le creux du souvenir, avec son lot d’insouciance, de part de rêves et de cruauté.

La boite à Vitez

Éric Louis se souvient de sa rencontre déterminante avec le metteur en scène, penseur et pédagogue Antoine Vitez dont il a suivi l’enseignement de 1987 à 1989 à l’École de Chaillot. Ses souvenirs mêlés aux souvenirs de ses camarades Yves Noël Genod, Arthur Nauzyciel, Stéphane Braunschweig, Agnès Sourdillon ou Linda Chaïb, et aux sentiments similaires des jeunes comédien.ne.s de l’ERACM et de l’ENSATT infusent la pièce. Ils sont comme un long frémissement mélancolique, adolescent et ardent, relié ,« plein de fantômes et de racines », porté à l’infini.
De toute façon, j’ai très peu de souvenirs, c’est l’écrin idéal pour un inventaire sensoriel et relationnel. Là, ils, elles sont relié.e.s dans une histoire, à la fois personnelle et collective ainsi que patrimoniale. Ils, elles se souviennent. « Entrez chez Vitez, c’était scandaleux ». C’était « la boite à Vitez ».

Le chant secret

Sur le plateau évidé, ils, elles racontent leur toute première fois, seul.e.s ou ensemble – concours, rentrée des classes, premier cours, premiers pas sur le plateau – ainsi que leurs doutes, leurs peurs, leurs regrets et l’amour : qu’est-ce que le théâtre ? C’est quoi être comédien.ne ? « Avec lui, je me sentais aimé. » « J’étais entre l’admiration, l’amour et l’amitié. » Toutes ces questions, ces sensations sont l’apanage, l’élévation de l’esprit de De toute façon, j’ai très peu de souvenirs. Ici, les échos entêtants des histoires personnelles comme le chant continu d’une histoire plus grande, celle du théâtre, deviennent une ligne secrète de basse. Ce bruissement prépare le ruissellement de la #sugarmusic et du medley – Dépêche Mode, Mylène Farmer ou a-ha. Et de scènes hilarantes. Nous nous souviendrons longtemps de l’audition au concours d’entrée de l’école de la jeune fille avec sa maman au fort accent allemand.

Là est le geste puissant d’Éric Louis. Il se révèle un metteur en scène d’une rare acuité. Il ouvre les 180° de notre regard en mettant en scène l’apprentissage du comédien, de la comédienne et, en abordant ses contrechamps risqués et tragiques. Le passage est décisif. Il est absolu. L’école est le temps des métamorphoses.

Dans De toute façon, j’ai très peu de souvenirs, encore, au cœur de l’été, au Festival d’Avignon, l’émerveillement s’est invité. Il exprime l’évidence muette d’un sentiment : De toute façon, j’ai très peu de souvenirs est l’une des plus belles, des plus vibrantes déclarations d’amour faites à Antoine Vitez, à l’école, au théâtre. Et à la jeunesse. #foreveryoung

« Ne cherchez pas en vous-même, en vous-même, il n’y a rien. Cherchez dans celui qui est devant vous », disait en substance Antoine Vitez. Du théâtre, on n’en revient jamais. #nousvousaimons #àlafolie #passionnément

 

Visuel : De toute façon, j’ai très peu de souvenirs, Éric Louis, 2021 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Sylvia Botella

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