Théâtre
Dans ce jardin qu’on aimait : Marie Vialle dans l’écrin aigre-doux des Céléstins

Dans ce jardin qu’on aimait : Marie Vialle dans l’écrin aigre-doux des Céléstins

14 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Marie Vialle retrouve son lien très serré à Pascal Quignard ; après avoir monté en 2016 La rive dans le noir, elle s’attaque, tout en poésie et en musique, à ce conte familial et ornithologique.

Les Célestins sont en majesté, sublimés par la douce scénographie de Yvett Rotscheid. Il y a un sol en cuivre et des tissus en soie qui volent au vent, plus calme désormais. L’histoire se met en place. Elle raconte la relation entre une fille et son père. Elle, Rosemund et son père, le pasteur Simeon Pease Cheney. Nous sommes dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’époque a beau être déjà contemporaine, les femmes y meurent en couche souvent. Le baptême du bébé et l’enterrement de sa mère se déroulent en même temps. Le pasteur ne s’en remet pas et s’enferme dans un deuil infini qui devient de la psychose. Son désir fou pour sa fille l’entraîne à la chasser de son royaume, de son jardin qu’il et elle aiment tant.

« Tout est musique »

Pour dire les deux parcours de vie et le retour au bercail improbable de la jeune femme, tout est musique. Dans ce festival où les instruments sont joués live au plateau, cette pièce aux allures de récit radiophonique ne manque pas à l’appel. Pour sortir enfin de son deuil, le pasteur tente bien avant Olivier Messiaen de recenser tous les chants d’oiseaux. Cela deviendra un livre qui existe : Wood notes wild : Notes de la forêt sauvage.

Tous les deux chantent si on peut dire, ils incarnent les oiseaux merveilleux de ce jardin. Et c’est justement quand l’histoire s’échappe pour ne devenir que des corps émettant des chants d’oiseaux aux notes fines. La pièce nous attrape définitivement quand les deux comédien.ne.s se mettent à dérouler une liste à la Prévert, longue de toutes ces espèces. Plus la pièce avance, plus elle prend en puissance. Elle joue du lieu et de la disparition des êtres. Nous voici confrontés au Cloître. Nous recevons l’ordre implicite de le regarder, de lever les yeux au ciel, de voir que les platanes ont tellement poussé qu’ils s’embrassent désormais. Marie Vialle laisse la place aux âmes, et elles traversent le plateau vide. Chaque spectateur et spectatrice convoque ses réminiscences.

Ce qui est très puissant dans cette pièce tout en progression, où Marie Vialle excelle de sa voix enivrante et où David Tuaillon se libère peu à peu de son jeu trop serré au départ, c’est que le tempo est en opposition avec le sujet. La relation entre le père et la fille est super étrange, glauque, incestueuse et pourtant elle est évidente, elle est légère, elle est vraie.

Cela tient dans l’écriture de Quignard, toujours très littéraire et pourtant absolument contemporaine.

Dans ce jardin qu’on aimait, Marie Vialle, 2022 © Yvett Rotscheid

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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