Théâtre
Claude Vajda met en scène La jeune fille et la mort

Claude Vajda met en scène La jeune fille et la mort

03 novembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’homme de cinéma Claude Vajda, chef monteur du Chagrin et la Pitié, réalisateur de nombreux téléfilms et documentaires se plonge dans la mise en scène du texte magistral d’Ariel Dorfam, « La jeune fille et la mort ». Cet ancien conseiller de Salvador Allende vient interroger les syndromes du passé. Magnifique.

Les pièces sont blanches, chics. La lumière se diffuse par touches, au-dessus de la bibliothèque, en halo dans le salon, précise sur la terrasse. Au loin un bruit de vagues. La maison semble isolée. Un soir, Gerardo (Rodrigo Ramis) tarde à rentrer, la nerveuse Paolina ( Anna Cottis) s’inquiète, tourne en rond tel un fauve en cage. Rien de grave, il a crevé, un gentil monsieur l’a secouru. Voilà la cause du retard. Cordialement, sur le pas de la porte il invite son sauveur ( Victor Quezada Perez) à venir boire un café dimanche prochain. Elle entend et croit alors reconnaitre le son de la voix de celui qui l’a violée et torturée sans relâche sur fond de Schubert au cœur de la dictature chilienne. Celle qui était prostrée dans un silence bourgeois depuis 15 ans commet alors l’impensable. Les trois comédiens, formidables, incarnent ces trois postures, soutiennent les mots dans une intensité grandiose et haletante.

Le sujet de la pièce fait entrer la grande histoire dans le quotidien de chacun. L’un est un ancien bourreau présumé, le mari vient d’être nommé au sein de la commission d’enquête présidentielle, elle est une rescapée…Alors que la justice du pays joue les petits arrangements, ladite commission ne s’occupe que des victimes mortes, nombreux sont ceux qui ont pu garder des positions confortables au sein de l’Etat.

Le texte de Dorfam est très personnel. Exilé pour ses idées politiques, il émigre à New York en 1944. Son père travaille pour les Nations Unies. Chassés par le maccarthisme, sa famille s’installe au Chili, où Ariel Dorfman fait partie du gouvernement de Salvador Allende entre 1970 et 1973. Il doit quitter le pays à l’arrivée de Pinochet.

« La jeune fille et la mort » appuie sur les liens douloureux entre mémoire et histoire et écarte une plaie purulente : la dictature de Pinochet a mis les tortionnaires et les victimes côte à côte.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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