Théâtre
Chez Maxim’s, Sarah Bernhardt revit sous les traits de Véronique Fourcaud

Chez Maxim’s, Sarah Bernhardt revit sous les traits de Véronique Fourcaud

11 février 2012 | PAR Christophe Candoni

Sarah Bernhardt en chair et en os revit sous nos yeux, non pas en suivant un principe de ressemblance comme on le fait au cinéma mais par ses propres mots, ses écrits que dit, que joue avec beaucoup de naturel, de verve et d’empathie Véronique Fourcaud. Le metteur en scène du spectacle « Sarah Bernhardt, toujours ! », Nicolas Laugero Lasserre, s’est plongé dans Ma double vie, l’autobiographie de la célèbre comédienne et en livre une adaptation qui compte les moments les plus drôles, les plus incongrus, les plus émouvants. La pièce, montée sous l’impulsion de Pierre Cardin, grand admirateur de Sarah Bernhardt, se donne tous les dimanches en matinée.

A un tel monstre sacré du théâtre, il fallait un lieu non moins mythique. La pièce se donne chez Maxim’s, le restaurant de la rue Royale. C’est un peu comme dans le film de Woody Allen, y entrer est déjà la promesse d’un moment particulier, un rendez-vous avec un passé fantasmé, celui de la Belle Epoque, du Tout-Paris, de l’art nouveau, de la mondanité triomphante. Une petite salle de spectacle a vu le jour il y a deux ans environ au premier étage. Une pièce de taille moyenne et de moins de 100 places, un salon aux murs tout vert, faisons fi des superstitions théâtrales. Pas de scène mais un petit écrin dans un renfoncement où est installé un décor élégant : deux paravents aux motifs fleuris et quelques meubles en bois brun et brillant.

Nous sommes dans la loge de la comédienne. On va lever le rideau. Elle s’apprête à interpréter le rôle de Phèdre. Elle raconte, se dévoile en toute intimité. Son enfance chez les religieuses (elle fait ses débuts de comédienne au couvent), le conservatoire à l’âge de quinze ans puis son engagement à la Comédie-Française qu’elle décrit avec piquant comme un petit monde vachard, protecteur d’une hiérarchie sévère, elle n’y reste pas même un an. Elle lui préfère l’Odéon, elle y sera Zacharie dans Athalie.

Ses textes ne manquent ni d’humour ni d’insolence et laissent vite apparaître le caractère bien trempé d’une femme à l’autorité à peine cachée sous une affabilité guillerette et totalement grisée par le succès. La réplique est parfois tranchante. Elle ne s’encombre pas de convenance, de docilité, pas de modestie non plus, mais sait ce qu’elle veut. Ecoutez-là raconter la manière dont elle entend prendre le rôle de la Reine dans Ruy Blas : elle le veut et l’obtient !, comment elle a conquit Paris et courtisé l’Amérique avec ses rôles de prédilection, les grandes tragiques, la Dame aux camélias, Tosca et plusieurs rôles travestis dont Hamlet et l’Aiglon au théâtre des nations! Elle a du culot, de la volonté, de l’exigence, elle est une femme libre dans ses choix artistiques. La pièce est courte et pleine de gaieté. Sa santé fragile, la guerre, l’acharnement des journalistes (telle est la rançon du succès), son accident, la fin de sa vie, sont par contre un peu vite évoqués.

photo LOT de “Sarah Bernhardt toujours”

38 témoins, Lucas Belvaux adapte Didier Decoin
Du studio radio au « strip texte » sur scène
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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