Théâtre
Casting, une création collective de la compagnie Embarquez

Casting, une création collective de la compagnie Embarquez

15 novembre 2011 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Hervé Breuil a ouvert en tant que lieu culturel le lavoir moderne parisien puis le lieu voisin l’Olympic afin qu’un bain de culture bouillonne dans le quartier. Aujourd’hui, ce lieu d’art et de vie est menacé de fermeture, la mairie de Paris sucre les subventions du Lavoir Moderne Parisien (LMP) à compter de cette année. Révolté, Hervé Breuil a entamé une terrible grève de la faim au mois de septembre (voir  notre article à ce sujet) invite tous ceux qui aiment l’art et la culture à le soutenir en signant la pétition sur son site et en créant un collectif des « amis du LMP ». Ce poumon culturel et historique de Paris, véritable ancien lavoir, ne doit pas être la proie des promoteurs immobiliers mais rester un lieu de création pour tous. C’est dans cette situation critique que se joue la pièce dont nous allons vous parler maintenant.

Cette pièce est qualifiée par la compagnie qui l’a crée de burlesque contemporain. Nous y voyons du théâtre moderne : la pièce débute là où, dans le théâtre classique, elle se termine. Nous allons du compréhensible au déstructuré là où beaucoup d’autres œuvres vont de l’insondable au clair. Le rapport entre le public et les actrices est très étroit, le public est acteur, malgré lui et selon son gré tout à la fois, il est et n’est pas dans le spectacle. Nous parlons de spectacle car cela en est un plutôt qu’une pièce de théâtre, c’est un monstre hybride qui nous est présenté dans lequel la femme s’expose sous toutes ces facettes. Le résultat rappelle l’exposition « Brune, Blonde » à la cinémathèque française. Ces cinq femmes jouent toutes les femmes, elles incarnent toutes les formes de féminité possibles, animale et masculine compris, elles sont vies et statues, arrêts sur images et mouvements, elles mettent tout leur talent à nous faire vivre un casting où nous sommes autant juges que public de leurs prestations. Nous avons le sentiment qu’elles se jettent dans l’arène et y perdent leurs intégrités physiques, leurs dignités, leurs identités, leurs costumes et leur cohésion en tant que groupe. L’union fait tour à tour leur force et leur division, la lumière donne à chacune un moment de gloire comme dans le film « Huit femmes » de François Ozon, elles osent tout, elles nous déroutent, elles nous égarent, nous divertissent et nous effraient tour à tour, elles sont victimes et bourreaux, elles sont elles et toutes les autres. La mise en scène au cordeau réserve quelques surprises, elle doit régler au millimètre près cette anarchie, les costumes sont très originaux et très réussis, les changements s’enchaînent, accessoires compris et obligent toutes les comédiennes à faire preuve d’une très grande promptitude. Chacune d’entre elles a son talent, ses qualités et ses défauts avec lesquels elles jouent, elles se moquent d’elles-mêmes, de leurs imperfections physiques et de leurs vies, elles racontent, comme elles le disent, un morceau d’elles-mêmes créant chaque fois la surprise. La fiction rejoint-elle la réalité ? La vision donnée de la femme est ambivalente, nous vous laissons vous en faire votre propre opinion. Une grande cacophonie ben orchestrée.

 

Création collective de la compagnie Embarquez – Mise en scène de Jean-Louis Vuillermoz – Lumière : Didier Marchal et Tony Galliano – Costumes : Nathalie Martella – Régie générale et son : Benoît Favereaux – avec Eve Arbez, Céline Chatelain, Betty-Sylvie Chazelet, Catherine Cretin et Corinne Lordier – Durée de la pièce: 1h20 à 1h40

 

 

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