Théâtre

Castellucci Suite et Fin

Castellucci Suite et Fin

07 novembre 2011 | PAR Sara Anedda

Après les nombreuses polémiques causées par un groupuscule d’extrémistes catholiques se battants pour l’interruption des représentations  après tout le déploiement de moyens policiers conséquents au Théâtre de la Ville et au Centquatre depuis le 20 octobre – afin de permettre le déroulement normal de la pièce, après toutes les déclarations et les interviews de l’auteur, destinées à stigmatiser les causes de malentendu et à expliquer les vraies intentions de l’œuvre , après toutes les condamnations émanées du monde du théâtre et de la culture ainsi que de l’Archevêque de Paris soi-même, au nom de la liberté d’expression , ce qui demeure, de toute son évidence est un spectacle d’une puissance hors du commun : « Sul concetto di volto nel figlio di Dio ».

Que dire donc, à propos de cet événement, qui n’ait pas encore été dit ?

Les dernières représentations au Centquatre, du 2 au 6 novembre, se sont déroulées dans un climat de « terreur » : des consignes de sécurité assez strictes pour les spectateurs, un parcours d’entrée constamment sous contrôle, l’obligation de se « dépouiller » des sacs et des manteaux avant d’entrer dans la salle… Au final, ce groupuscule d’obscurantistes fanatiques n’a réussi à déranger ni les spectateurs ni le bon déroulement du spectacle en ces derniers jours. En revanche, si le but était de faire monter le buzz en créant un imposant dispositif de communication alternative autour de Castellucci et de sa création, ce pari a été pleinement gagné.

Il n’y a aucune trace de « christianophobie » dans « Sur le concept du visage du fils de Dieu », pour toute personne douée d’honnêteté intellectuelle et d’un tant soi peu d’esprit. La pièce questionne, dérange presque. Des thèmes forts, tels que la réflexion sur la condition humaine et sur notre rapport avec la religion, notre dignité et le destin d’humiliation commun à tous, affrontés par un auteur nourri d’une « italianité théâtrale » profonde, qui explique la plasticité crue des images, la sobriété des présences humaines sur scène, l’ampleur de l’investissement sonore – autant de traits typiques à plusieurs auteurs transalpins contemporains (Pippo DelBono, Emma Dante…).

Le visage impénétrable du Christ d’Antonello da Messina, un des visages les plus  controversés de la peinture religieuse de la Renaissance, est tout d’abord le témoin avant de devenir également le protagoniste des évènements aussi triviaux que tendres se déployant sur le plateau. C’est un théâtre qui questionne nos consciences car « le doute est le noyau de la foi », comme l’affirme Castellucci.

Et le questionnement de nos consciences portait également, à vrai dire, la possibilité désolante que l’intensité de cette métaphore « hyperréaliste » soit taxée de blasphème.

 

 

 

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2 thoughts on “Castellucci Suite et Fin”

Commentaire(s)

  • Pol

    Ils n’ont pas l’air bien méchants ces « intégristes »… C’est plutôt sympa de faire de l’animation et des chants devant un lieu de culture. J’espère que le milieu artistique soutient cette belle initiative !

    novembre 8, 2011 at 10 h 34 min

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