Théâtre
Caligula, un monstre classique à l’Athénée

Caligula, un monstre classique à l’Athénée

26 janvier 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Stéphane Olivié Bisson met en scène le texte primitif de Camus avec Bruno Putzulu dans le rôle titre. Une pièce fleuve de 2h30 sur le pouvoir et la folie, à l’actualité intense mais au manque d’audace scénographique.

Il y a le texte de Camus, présenté sur scène pour la première fois en 1945, dans un Paris « libéré » . Gérard Philippe est la star du moment, le succès immédiat. En 2011, Bruno Purtzulu est à hauteur de l’héritage, incarnant avec justesse ce despote détruit par la mort de sa soeur sur laquelle il commettait l’inceste. Depuis, il gouverne avec délire , tuant comme il respire. Le comédien tremble, se tord, pousse la voix, il est parfois un roi sympathique mais dont on souhaite rapidement la mort. Paris réussi.

Porté par une très belle équipe de comédiens, particulièrement la superbe Cécile Paoli en Caesonia, l’épouse du monstre, jouant d’une ambiguïté perverse efficace, le texte de Camus apparaît limpide.

La force de la pièce est d’insister sur la schizophrénie de Caligula.  Il est despote et désire la mort. Il passe pour fou mais plusieurs fois ses discours disent sa lucidité: « Gouverner, c’est voler, vous ne le savez donc pas? », « J’ai échappé à tous et j’ai voulu d’une certaine manière que tous m’échappent ».

Les choix scénographiques ne sont, en revanche, pas assez assumés. L’ensemble reste relativement statique, n’accompagnant pas le jeu intense des comédiens. Pourtant, cela démarre très fort, par un grand claquement de porte au centre d’un immense rideau en métal doré. Un noir suivi d’une lumière saisissante et un écran en fond de scène sur le ciel de Rome ouvrent sur la mort de Drusilla.  Mais  le rythme n’est pas à la hauteur du jeu. Une musique omniprésente façon péplum en rajoute inutilement. Le décor, constitué de grands panneaux formant une pièce symbolisant l’enfance du roi dont il n’a jamais fait le deuil. Les panneaux sur roulettes  transforment , avec un manque de fluidité,  l’espace en place de village où en arrière salle du Sénat, où les praticiens complotent pour abattre le tyran.

Reste un texte magistral se relisant pour chaque génération à l’aune de l’histoire et de la fraiche actualité. Ben Ali, Berlusconi, Poutine ou encore Ahmadinejad résonnent aujourd’hui dans les mots de Camus. Le jeu des comédiens est parfait, intense , faisant entendre chaque syllabe de leurs répliques.

Caligula est un grand moment de théâtre politique, fait assez rare dans les propositions de la saison.

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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