Théâtre

Calamity Jane, mère courage solitaire

Calamity Jane, mère courage solitaire

29 mai 2012 | PAR Cecile David

Femme de caractère et personnalité incontournable de la conquête de l’Ouest, Martha Jane Canary (1852-1903), dit Calamity Jane, se présente sous les traits de Catherine Rétoré en mère torturée. Contrainte d’abandonner sa fille faute de moyens, elle garde en elle son souvenir en lui écrivant des lettres, des preuves d’amour jamais postées.

« C’est ton anniversaire ! Tu as quatre ans aujourd’hui », lance le sourire aux lèvres Calamity Jane. Autour d’une table ronde, éclairée par un simple faisceau de lumière, l’aventurière cuisine et se raconte à travers les lettres qu’elle écrit à sa fille Janet. Année après année, elle se raconte en tant que femme en revenant sur sa rencontre avec le courageux Wild Bill, père de son unique enfant. Elle se raconte aussi en tant que féministe avant-gardiste, qui, malgré les railleries de la gent féminine (« Je hais les femmes d’ici ! ») enchaîne les petits boulots (conductrice de diligence, joueuse de poker, cuisinière, comédienne-vedette du « Wild West Show », etc.) et tente de poursuivre son bonhomme de chemin. Elle se raconte, enfin, en tant que mère en avouant à sa fille comment, incapable de s’en sortir seule depuis la mort de Wild, elle a dû la confier à Jim et Hélène O’Neil et faire son deuil sans jamais vraiment le vouloir.

L’atmosphère créée par le metteur en scène Gérald Chatelain (Compagnie d’Après la pluie) est des plus intimistes. Les dimensions réduites de la salle et de la scène, la simplicité du décor (une table sur laquelle sont disposés des ustensiles de cuisine) et le principe du seul-en-scène laisse une agréable sensation de confidence. La farine vole au dessus du plateau et rejoint la fumée qui s’échappe peu à peu des bougies. Le visage de Calamity Jane s’embrume. Il règne ici une impression de songe. Comme si le spectre de Martha Jane Canary venait se confier, plus d’un siècle après sa disparition, pour panser des plaies jamais cicatrisées. « T’abandonner m’a presque tuée. »

Plus que la femme aux allures d’homme, c’est la mère que Gérald Chatelain entend présenter. Une mère courage interprétée avec une grande finesse par l’excellente Catherine Rétoré, qui l’an dernier jouait les filles en colère dans la très poétique Dernière leçon de Noëlle Châtelet. La comédienne réalise un sans-faute dans la peau de l’aventurière, passant du rire aux larmes, de la colère à l’amertume, sans jamais perdre en crédibilité.

Pas question ici d’aborder la théorie selon laquelle ces lettres, apparues pour la premières fois en 1941, ne seraient que calomnies. La légende reste intacte.
À chaque anniversaire de Janet, Jane allume une bougie. Elle dispose les luminaires les uns à côtés des autres autour de sa table ronde, tourne elle-même parfois autour de l’unique élément de décor. Par ces mouvements circulaires répétés, Gérald Chatelain marque le temps qui passe et paradoxalement, la stagnation de l’état psychique du personnage. Calamity Jane tourne en rond. Malgré les années qui défilent, la souffrance reste la même. Alors, elle pleure lorsqu’elle réalise que sa fille ne saura jamais qui est sa véritable maman. Alors, elle rit lorsqu’elle reçoit l’invitation de Jim à rejoindre la famille O’Neil pour célébrer les 7 puis les 18 ans de Janet. Alors… elle boit : « Il faut bien que je fasse quelque chose pour vous oublier toi et on père. »

Si les lumières changent, virant du rosé – lorsqu’elle est joyeuse – au jaune ocre – lorsqu’elle s’assombrit.  Si les années semblent marquer son visage (plus fermé) et son allure – passant de la vivacité à la nonchalance -, Calamity Jane poursuit la même action : la confection d’une tarte aux pommes, gâteau d’anniversaire pour sa fille chérie, qui comme ce recueil épistolaire, ne sera jamais partagé.

Copyright : B M PALAZON 2012

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