Théâtre
Bouleversant Ghost Road à la Maison de la Culture de Tournai

Bouleversant Ghost Road à la Maison de la Culture de Tournai

03 mars 2014 | PAR Audrey Chaix

Tout au long de la route 66, Ghost Road est un road movie mélancolique qui défie les codes du genre : il ne s’agira pas ici de jeunes gens beaux, marginaux, fonçant à toute vitesse sur le bitume, mais de vieillards évoquant leur vie passée dans des villes fantômes dépeuplées. Le fil rouge, c’est Viviane de Muynck, qui interprète avec beaucoup de présence une vieille femme à la mémoire qui flanche : entourée des volutes de fumée produites par les cigarettes qu’elle enchaîne, elle part à la rencontre de ces vieillards nostalgiques. Un morceau de théâtre à la croisée du documentaire et de la fiction, qui bouleverse par son sujet, difficile à traiter, que par son parti-pris esthétique, un clair-obscur enfumé qui désincarne le plateau pour en faire le lieu de toutes les rêveries. 

Accompagnée d’une chanteuse lyrique soprano (Jacqueline Van Quaille), Viviane de Muynck est la narratrice de l’histoire : sa voix rauque, éraillée, prend la parole pour tous ces oubliés de l’histoire rencontrés dans les confins de la Vallée de la Mort. Confrontées à un monde qui change autour d’eux, ces vieilles gens partagent leur propos entre souvenirs et réflexions sur l’avenir – Ghost Road est une pièce sur la vieillesse et la mort, certes, mais elle n’est pas dénuée d’espoir, au contraire. Sur fond de crise des subprimes et d’Américains plongés dans la pauvreté par un système capitaliste vérolé, Murgia rappelle la fragilité du monde qui nous entoure, au milieu des ombres et des fantômes qui nous entourent.

Car le thème de l’ombre est omniprésent dans Ghost Road, aussi bien dans les morceaux d’airs lyriques chantés par Jacqueline Van Quaille que dans le texte, et bien sûr aussi sur un plateau qui n’est qu’ombres – volutes de fumée et jeux d’écran qui dissimulent plus ou moins le plateau aux yeux du spectateur. En contrepoint se dessine une belle mise en abîme alors que Viviane de Muynck est filmée en gros plan alors qu’elle parle, et que les images sont diffusées sur grand écran en fond de plateau, pour présenter des vues macro sur ses mains ridées, son visage fatigué, sa cigarette toujours allumée.

S’il n’a pas 30 ans, Fabrice Murgia livre ici une œuvre profondément mature, crépusculaire, qui rappelle à une société obsédée par la tentation du jeunisme, que la vieillesse en fait partie intégrante. La présence hypnotique de Viviane de Muynck, au plateau comme sur l’écran déployé en fond de scène, est l’un des ressorts essentiels de cette pièce qui happe le spectateur dans une nostalgie esthétiquement captivante. Un moment de théâtre intense, dont on ne ressort pas indemne.

Ghost Road se joue à la MAC de Créteil du 6 au 8 mars 2014. 

Photos : © Kurt van de Elst

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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