Opéra

[Festival NEXT] « L’Autre Hiver » de Denis Marleau & Dominique Pauwels : un rêve de Verlaine en demi teinte

[Festival NEXT] « L’Autre Hiver » de Denis Marleau & Dominique Pauwels : un rêve de Verlaine en demi teinte

24 novembre 2015 | PAR Audrey Chaix

Dans un spectacle onirique, Dominique Pauwels et Denis Marleau racontent une histoire dont le point de départ est la relation entre Verlaine et Rimbaud – mais cette histoire glisse vite vers le rêve, voire le fantasme. Avec un ensemble musical à vue, une structure qui rappelle le pont d’un bateau, et sur laquelle évoluent les deux chanteuses sopranos qui interprètent les deux poètes, et un chœur composées de silhouettes aux visages animés en 3D, L’Autre Hiver crée un monde poétique pétri de beauté et de belles images : ce court opéra du 21e siècle, créé dans le cadre de Mons 2015, est un bien drôle d’objet …

Comme souvent chez Pauwels, la frontière entre le réel et le rêve est très ténue : ainsi, les premières minutes du spectacle se déroulent derrière un rideau translucide, qui rend flous les contours de la scénographie et des personnages. On distingue des taches de lumière qui ressemblent à des visages, les traits d’une grande structure qui surplombe la scène … une fois le rideau levé, le dispositif est révélé : les membres du chœur, fait d’adultes et d’enfants, sont en fait des mannequins sur lesquels sont projetés des visages animés numériquement. Une performance technique réussie, mais qui déshumanise profondément la scène – heureusement que les musiciens du LOD muziektheater jouent à vue, ce qui permet de créer du lien entre la scène et la salle.

Les deux poètes, Rimbaud et Verlaine, dont on raconte ici les péripéties amoureuses, sont interprétés par deux chanteuses sopranos, Lieselot De Wilde et Marion Tassou, qui incarnent avec beaucoup de justesse leurs voix tourmentées. Verlaine, en particulier, est plus présent au plateau : c’est son rêve que l’on raconte ici, ou plutôt ses cauchemars. Leurs deux voix rendent justice à la légende des deux artistes, et l’on regrette que l’argument finisse par tourner en rond.

Au-delà de l’argument cependant, le véritable problème de cette production reste le texte, écrit par le dramaturge québécois Normand Chaurette. Si l’opéra commence par les mots de Rimbaud « Je est un autre », la suite est beaucoup moins belle … on alterne avec des passages si abscons que l’on n’est pas sûr de comprendre leur sens, et des répliques si terre à terre qu’elles frisent parfois le ridicule. Cela rend le tout bien lourd, loin de l’atmosphère aérienne, éthérée, qui est créée par la mise en scène et les somptueuse lumières. On se contentera donc de savourer la beauté de la musique et de la mise en scène, sans s’attarder sur un livret bien décevant.

Pour connaître les dates de la tournée, rendez-vous sur le site de la compagnie LOD muziektheater.

Le Festival NEXT dure encore jusqu’au 28 novembre : toute la programmation est disponible sur le site du festival.

Photos : © Kurt Van der Elst

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