Théâtre

Bérénice : Stupeur et tremblements

15 mai 2009 | PAR Pauline

BereniceDu 14 mai au 14 juin, Faustin Linyekula soulève la question du racisme et de l’exclusion en mettant en scène la pièce classique à Gennevilliers.

Titus aime Bérénice, reine de Palestine, et en est aimé en retour. Il s’apprête à être sacré empereur. Mais Bérénice est étrangère. Et les lois romaines interdisent l’accès au trône à une reine étrangère. Le dilemme est là : renvoyer Bérénice et devenir empereur ou préférer l’amour et renoncer au pouvoir. Quand la pièce commence, le choix est déjà fait.

En respectant le texte classique de 1670 à la virgule près, les quatre interprètes, tous sociétaires de la Comédie-Française, présentent une vision contemporaine de l’expulsion des étrangers. Car plus de l’histoire d’amour classique, c’est bien la thématique de l’exclusion qui est au cœur de la pièce : l’incompréhension de celle qui est rejetée et dont le seul tort réside dans son identité :

« Ingrat, que je demeure !
Et pourquoi ? Pour entendre un peuple injurieux ?(…)
Quel crime, quelle offense a pu les animer ? »

La puissance de Bérénice réside dans sa scénographie. Des symboles, ponctuellement, rappellent ce thème de l’ostracisme. Avec stupeur, autour d’un cercle, des corps tremblant se suivent, s’évitent, s’affrontent. Témoins d’un destin implacable, toujours à distance. Symboles encore, Bérénice est jouée par un homme (Sharokh Moshkin Ghalam) d’origine perse, Antiochus par une femme et Titus par le premier acteur noir de la Comédie-Française : Bakary Sangaré. La diversité de ce monde d’où l’autre est toujours exclu, en exil perpétuel, nous est rappelée avec force par ces corps en mouvement, qui tremblent, pleurent et symbolisent le désespoir face à l’expulsion, inévitable malgré l’amour, fatale par la force des lois.

On apprécie la performance exemplaire des comédiens, le respect fidèle de la musicalité de l’alexandrin (grâce à la prononciation exacte des [e] muets et diérèses) qui s’accordent parfaitement avec la musique oppressante de Flamme Kapaya.

La prouesse de Bruno Raffaelli qui incarne les trois confidents (Arsace, Phénice et Paulin) est absolument remarquable. Un seul acteur pour trois personnages insiste sur la symbolique du rôle du confident, fonction classique de celui qui rappelle le héros à la raison.

Si Faustin Linyekula représente cette pièce d’une manière nouvelle, en l’accordant avec son expérience de l’immigration et de l’expulsion, il rend aussi un véritable hommage à la Comédie-Française. Comédiens sociétaires, « Comédie Française Éternel » marqué à la craie et costumes historiques de l’institution exhibés sur scène comme des œuvres d’art, la pièce entière rappelle son admiration pour le Français.

Bérénice de Racine au théâtre de Gennevilliers, du 14 mai au 14 juin, 1h30, Mis en scène par Faustin Linyekula, avec Bruno Raffaelli, Céline Samie, Bakary Sangaré, Sharokh Moshkin Ghalam, Métro ligne 13 Gabriel Péri. De 11 à 22 €, réservations : 01 41 32 26 26.

Pauline Moullot

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