Théâtre

Beau, inventif, déjanté: « La valse des hommelettes », marionnettes et contes détraqués pour petits et grands [FMTM17]

Beau, inventif, déjanté: « La valse des hommelettes », marionnettes et contes détraqués pour petits et grands [FMTM17]

01 octobre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Pour finir le tour d’horizon des spectacles enthousiasmants présentés au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, impossible de ne pas évoquer le spectacle La valse des hommelettes, de Patrick Sims – Cie Les Antliaclastes. Un spectacle poétique et loufoque, qui part d’une proposition simple et prometteuse: que se passe-t-il à la 25ème heure de la journée, celle du Petit Peuple, quand les Elfes sortent de leurs cachettes pour se mêler des affaires humaines? Mélange de jeu masqué, de marionnettes, entremêlant contes populaires et métahistoire décalée, c’est un voyage loin de tout ordinaire qui invite le spectateur à rêver éveillé. Une mécanique merveilleuse, à découvrir à tout âge!
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Pour représenter le temps du merveilleux, la Compagnie Les Antliaclastes a eu l’idée de représenter le nombre XIII sur un cadran d’horloge… et a entrepris de construire autour l’un des castelets les plus beaux et les plus ingénieux qui aient été proposés ces dernières années. Doté d’une table à l’avant-scène, pour une manipulation à vue, il recèle mille trésors d’inventivité et mille détails minutieux. Librement inspiré des horloge de la Forêt Noire, ses trappes et ses mécanismes sont tous au service d’un univers fantastique, étrange, facétieux autant qu’inquiétant. Visuellement, on dirait qu’un artiste amateur de steampunk s’est employé à imaginer la transposition des contes des frères Grimm aux Alpes Suisses. C’est esthétique, surprenant, souvent truffé de gags visuels, cela ne se prend pas au sérieux tout en étant fignolé au détail près… un délire bien réglé, en somme!

Sur le fond, on retrouve un tricotage de plusieurs contes des frères Grimm, tournant autour des Elfes, avec, notamment, une très jolie mise en marionnettes à fils de « le Cordonnier et les Elfes ». Mais une métahistoire a été conçue pour enrober les moments de conte, qui vaut à elle seule le détour: une femme-oiseau de taille humaine file la laine pour construire le nid où écloront ses quatre œufs; un homme-lapin, lui aussi de taille humaine, se promène avec un improbable fusil en observant le public (et en guettant le coucou); l’oisillon monstrueux et fratricide né de l’éclosion donne à l’homme-lapin l’occasion de se préparer une omelette; le deus ex machina viendra finalement d’une autre galaxie… C’est constamment déjanté, absolument drôle, délicieusement irrévérencieux, mais, surtout, cela contribue puissamment à ôter au spectateur toute envie de rationaliser ou de s’accrocher à ses repères familiers, et la résultante est un lâcher-prise de premier ordre, qui fait un bien extraordinaire.

La manipulation des nombreuses marionnettes à fils est plutôt très réussie, malgré la complexité de ces dernières, souvent petites, et pourvues de très nombreuses commandes, tandis que les quelques marionnettes à main ou à tiges nous semblent irréprochables. Le jeu corporel est précis, expressif et juste (la femme-oiseau et l’homme-lapin sont joués par des comédiens masqués et déguisés, ce qui les fait presque rentrer dans le territoire de la sur-marionnette; le cordonnier et son épouse sont joués en masque). Le jeu d’ombres est utilisé très à propos, de façon parcimonieuse mais poétique.

La mise en lumière est subtile, et crée de très efficaces focus sur l’action, qui tient parfois dans un espace de jeu minuscule lorsque le Petit Peuple est figuré par des marionnettes qui ne doivent guère faire plus de 20 centimètres. Une telle minutie dans les costumes, effigies et décors réclamait un éclairage intelligent, et sa réussite mérite d’être soulignée. La partition sonore n’est pas en reste et tient très habilement le fil entre réalisme et étrangeté.

Un spectacle très esthétique, vraiment dépaysant, très drôle en même temps que très poétique, avec une réalisation extraordinairement soignée et une vraie richesse technique: que demander de plus?

Ce très sympathique spectacle est en tournée:
– 15 octobre au Festival les Automnales, à Saint-Bonnet (63)
– 11 & 12 novembre aux Semaines Internationales de la Marionnette en Pays Neuchâtelois, à La Chaux-de-Fonds (Suisse)
– 19 novembre retour au Festival les Automnales, mais à Veyre-Monton (63)
– 21 & 22 décembre à Cébazat (63)
– 18 janvier 2018 à La Souterraine (23)

Mise en scène : Patrick Sims
Décors, marionnettes et interprétation : Patrick Sims, Richard Penny
Masques, costumes et marionnettes : Josephine Biereye
Création sonore : Karine Dumont
Création lumière : Sophie Barraud
Voix-off : Monique Brun/Olivier Francfort
Avec : Joséphine Biereye, Patrick Sims, Richard Penny
Régie générale : Sophie Barraud
Visuels: (c) J.-P. Estournet

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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