Marionnette
« Le roi des nuages », parler de la différence avec légèreté et poésie

« Le roi des nuages », parler de la différence avec légèreté et poésie

18 septembre 2021 | PAR Mathieu Dochtermann

Petite perle de sensibilité et d’intelligence, Le roi des nuages est un spectacle présenté par la compagnie Zusvex au Festival mondial des théâtres de marionnettes. Une fable très bien écrite (et pas convenue) qui décrit avec poésie un tournant dans la vie d’un jeune garçon autiste Asperger. De très belles marionnettes, une interprétation de grande qualité, une scénographie simple et très bien utilisée, un peu de théâtre au noir, et voilà un beau voyage dans un imaginaire qui plonge ses racines dans la réalité. Absolument recommandé.

 

Hélios est ce petit garçon prodigieusement inventif, qui se construit un monde intérieur magnifique, bien à lui, depuis sa fenêtre. Sa vie d’enfant autiste est réglée comme du papier à musique, mais cela ne l’empêche pas de parler aux nuages. Sans qu’il le sache, et malgré son approche hyper codifiée et hyper analytique de son univers, Hélios est un petit bout de poésie ambulant. Un petit bout fragile, aussi. Mais cette fragilité, il va être amené à la dépasser, selon le schéma bien connu du récit initiatique.

Pour parler avec délicatesse de cette façon différente de vivre le monde, la compagnie Zusvex utilise la marionnette avec beaucoup d’à-propos. Le sujet est traité de façon plutôt réaliste, à part la fenêtre ouvrant sur le ciel, qui est aussi la fenêtre du rêve. Bien qu’il se destine à des enfants à partir de 8 ans, toute la complexité de la marionnette contemporaine est mobilisée par le spectacle, qui est ainsi, également, une fabuleuse initiation à ses codes. Plusieurs espaces scéniques (plateau et castelet pour le théâtre au noir), des marionnettistes qui prennent sur eux une partie de l’interprétation des personnages (avec des bascules rapides entre jeu d’acteurs et jeu délégué), marionnette du père mobilisant plusieurs représentations différentes… L’intelligence du public est stimulée autant que son imagination.

C’est sur ce dernier point qu’il nous semble falloir insister : parce que beaucoup de choses sont non pas montrées mais suggérées, que la scénographie n’est presque entièrement faite que de cubes qui, bougés dans différentes configurations, vont représenter une multitude de topos, c’est un spectacle qui laisse une place très active au spectateur. Le public est gentiment pris par la main, avec une gradation très douce de la complexité des conventions utilisées, mais le résultat est là : c’est un spectacle très poétique notamment parce que, justement, il laisse une grande liberté au jeune (et moins jeune) spectateur de se “faire son film”.

On dira enfin que la facture des marionnettes est vraiment très belle (superbe travail de Juan Perez Escala et d’Antonin Lebrun), la mise en scène fluide et bien équilibrée, et l’interprétation vraiment impeccable – Kristina Dementeva, Antonin Lebrun et Yoann Pencolé sont loin d’être les plus mauvais marionnettistes de France, et on reste admiratif de la capacité de la première à se couler dans tous les registres de spectacle et y sembler à son aise comme si elle n’avait jamais fait que cela de sa vie. On a une toute petite hésitation quant à la longueur du spectacle, et certaines séquences – peu nombreuses – nous semblent s’étirer un tantinet plus qu’elles ne le mériteraient, mais c’est vraiment pour le plaisir de couper les cheveux en quatre…

Très recommandé, à partir de 8 ans donc, mais avec un plaisir de spectateur qu’il serait dommage de ne pas s’accorder à tout âge.

Tournée à consulter ici : elle commence à Genève du 15 au 24 octobre, passe par Bayeux le 16 novembre, puis atterrit à Lesneven le 23 novembre.

 

GENERIQUE

Mise en scène : Yoann Pencolé / Ecriture : Pauline Thimonnier Jeu et manipulation : Kristina Dementeva, Antonin Lebrun, Yoann Pencolé / Assistanat à la mise en scène : Fanny Bouffort / Œil extérieur manipulation : Hélène Barreau / Construction marionnettes : Antonin Lebrun, Juan Perez Escala / Création costumes : Anna le Reun, Cassandre Faes / Construction scénographie et création lumières : Alexandre Musset / Création son : Pierre Bernert

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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