Théâtre

Au TEP, les princesses ne sont plus ce qu’elles étaient !

Au TEP, les princesses ne sont plus ce qu’elles étaient !

30 avril 2011 | PAR Avela Guilloux

Dans le cadre du Festival 123 theatre, La Compagnie Sambre présente au Théâtre de l’Est Parisien le texte  » Les Petites empêchées-Histoires de Princesses » de Carole Thibaut, dans une mise en scène de l’auteur.

Il était une fois une reine terrible et dure qui, pour protéger ses secrets, avait fait interdire, dans son royaume, toute forme de question. Cette reine avait deux filles, élevées dans cette même loi et dans le respect absolu des règles appliquées à leur sexe et à leur rang. Mais les deux princesses aspiraient secrètement à d’autres destinées : l’une voulait danser, l’autre courir le vaste monde ainsi qu’un chevalier. L’arrivée de leur tante, revenue d’un long exil, fée marraine quelque peu déglinguée, viendra bouleverser l’ordre instauré, soulever le poids des secrets et leur ouvrir la voie difficile de la liberté. Ainsi commence l’histoire des Petites Empêchées, une histoire qui ressemble à bien d’autres…

Dans ce texte qui se joue des codes habituels des contes de fées, Carole Thibaut parle de pouvoir et de liberté, celle qu’on rêve et celle que l’on conquiert, celle qui n’est pas toujours fidèle à nos aventures rêvées…En filigrane se dessine aussi une jolie réfléxion sur la féminité : on croise dans ce spectacle une mère qui de protectrice passe à abusive, une enfant qui se rêve artiste, une aventurière en devenir, une femme qui a renoncé à ce qu’elle était par amour, et une princesse qui présente tous les clichés de l’héroïne de contes de fées, et qui, à force d’attendre son prince charmant dans un demi-sommeil entrecoupé de chants  » qui donnent des idées », est passée à côté de sa vie, a perdu jusqu’à son nom et se révèle ennuyeuse et ringarde. Et les hommes dans tout ça ? On parle d’eux, beaucoup, de ceux qui sont morts, de ceux qu’on attend, de ceux dont on rêve, de ceux qu’on a aimés, de ceux dont on ne veut pas…mais il n’y en a pas.

Si les princesses des temps anciens ont eu besoin des hommes pour exister, les petites empêchées de Carole Thibaut, elles, se font toutes seules ! Elles partiront, aimeront, souffriront, douteront,  voyageront, ne se marieront pas, feront des enfants avec qui elles voudront, ou n’en feront pas, travailleront, danseront…des petits bouts de femmes libérées, qui ressemblent aux femmes d’aujourd’hui, finalement. Parler aux enfants du monde dans lequel ils évoluent,  par le biais des contes de fées, sans rester enfermé dans l’imagerie rose bonbon qu’on tente encore de nos jours de leur imposer…un joli tour de force !

L’histoire est racontée dans une magnifique scénographie féérique et intelligente ( qu’on vous laisse découvrir, la surprise est trop belle), qui sait suggérer le rêve, l’enfermement, tout en gardant la dimension de merveilleux  nécessaire à garder les jeunes spectateurs attentifs. Le texte, d’une belle poésie moderne, est amené aux enfants par des comédiennes qui ont le bon goût de ne pas surjouer le côté enfantin , comme il semble être malheureusement trop souvent d’usage quand on fait du spectacle jeune public. On aurait peut-être aimé les voir bousculer un peu plus cette imagerie de contes de fées, et affirmé le côté sale gosse révolutionnaire de leurs personnages  de façon plus brutale . Par moments, tout cela est un peu trop lisse et semble manquer de rythme. On adore les moments de décalage complet,( comme ce rap en plein cours de maintien,  qui fait  rire les petits à gorge déployée ) qui, par contraste, font ressortir la beauté de l’écriture de Carole Thibaut.

 

Un très beau spectacle, bel objet artistique , qui malgré son titre, ravira filles et garçons…tous les enfants aiment les histoires de conquête de liberté !

A partir de 7 ans durée 1 heure

Reprise à l’Etoile du Nord du 25 au 28 mai

 

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Avela Guilloux

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