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Présence des esprits du Vaudou à la Fondation Cartier

Présence des esprits du Vaudou à la Fondation Cartier

30 avril 2011 | PAR Bérénice Clerc

La fondation Cartier pour l’Art Contemporain tisse le fil des âmes Vaudou grâce à la superbe collection de Jacques Kerchache.

Vaudou, ce mot évoque la sorcellerie, les pouvoirs maléfiques d’une poule tranchée, d’une plante brûlée, d’une statuette vivante, chargées de l’âme des morts et capables de bousculer une vie ou de nous faire rire. Nous ne connaissons quasiment rien de la culture Vaudou.

La collection de Jacques Kerchache donne la parole aux œuvres d’Art, toutes issues du Bénin, berceau de ce culte, essaimé au travers de l’Afrique et d’autres continents au moment de l’esclavage.

La scénographie, froide, dépouillée et industrielle, éloigne les fétiches ou Fongbé en dialecte béninois, de leur sens premier, ils semblent posés là comme des sculptures classiques afin de mettre en avant leur facture, et non leur souffle divin et le pouvoir, réel ou imaginaire, des esprits cachés à l’intérieur.

Derrière ces œuvres se cachent également, l’intelligence, la perspicacité et l’engagement de  Jacques Kerchache. Il fût un des pionniers dans la reconnaissance de l’Art Premier, entré au Louvre grâce à lui en 2000 et sujet unique du musée du quai Branly.

Dans les années 60 Jacques Kerchache sillonne le Bénin, ou plus exactement le Royaume du Dahomey, il gagne la confiance des initiés jusqu’à être intronisé dans les cérémonies Vaudoues les plus secrètes d’où il rapporte des talismans et des sculptures dahoméennes miraculeuses ou troublantes.

Certaines de ses pièces lui furent données une fois désacralisées par les prêtres sorciers afin de transmettre au monde leur culture.

Il ne faut pas réduire ces œuvres à des spécimens ethnographiques ou historiques mais respecter leur force et les pénétrer de l’œil et de l’âme, pour vivre une expérience unique et aller jusqu’à la frustration de ne pas pouvoir les toucher. Peu d’explications sont données aux visiteurs, libre à lui de ressentir les forces positives des fétiches, le travail humain pour leur réalisation et de s’éloigner des représentations fantasmatiques du cinéma américain ou des reportages télévisés mal menés.

Pour accueillir les visiteurs des « Bocio gardiens » inondés de lumière solaire , sentinelle de bois, servent  de boucs émissaires protecteurs et absorbent les intentions malveillantes des ennemis de la maisonnée vitrée de la Fondation Cartier.

Au premier étage, les objets flottent, plumes, coquillages, lambeaux de tissus, sang sacrificiel séché, têtes, sexes et ventres transpercés de taquets, crâne de canard noirci par la salive, forment des personnages impénétrables au vécu palpable mais immatérialisable dans une réalité présente et concrète.

Les fétiches ne sont pas des objets créés pour l’Art, leurs commanditaires sont anonymes, ils n’ont pas de signataire,  ni de date de réalisation.

Pour ne pas laisser les visiteurs dans le vide, la Fondation Cartier distribue un journal gratuit et laisse libre accès à une salle de documentation avec les note, les lettres et les films d’archives des voyages de jacques Kerchache.

Comme souvent pour les Arts Premier, la vision reste au frontière du « colonialisme « ou d’une pseudo supériorité d’une culture sur une autre.

Il est dommage de ne pas proposer aux visiteurs ou aux curieux des rencontres avec des témoins vivants de la Culture Vaudou ou de ne pas  donner à ces témoins la possibilité d’être commissaire de ce type d’exposition afin d’axer sur un angle en totale immersion comme le prônait Jacques Kerchache loin des clichés d’une Afrique à l’Art réservé aux puristes ou aux spécialistes, peuplés de Marabouts et de magie noire effrayante pour les profanes.

Comme toujours pour l’Art Contemporain, il faut accepter de se laisser aller, oublier ses complexes, ses leçons, ses images toutes faites, ses codes, sa culture, pour se laisser envahir par la force d’une œuvre,  y projeter sa vie, sa sexualité, son quotidien, lui offrir son âme, ses inhibitions, sa mort, tournoyer, perdre pied et se laisser gagner par la magie.

Des Arts Premier à l’Art Contemporain, il n’y a qu’un pas, franchissons-le !

Infos pratiques

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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