Théâtre
Ariane Ascaride à la Maison des Métallos : Touchée par les fées

Ariane Ascaride à la Maison des Métallos : Touchée par les fées

06 mars 2013 | PAR Smaranda Olcese

Sur la scène de la Maison des Métallos, comme à Avignon deux ans auparavant, Ariane Ascaride aimante son public. Sur un ton de causerie, avec des mots simples et justes, elle touche à l’essence de l’art complexe et fuyant de l’acteur. Touchée par les fées est un petit bijou de scène qui donne littéralement des ailes.

La pièce a été créée en 2010, suite à une invitation lancée par le festival d’Avignon dans le cadre de la programmation Sujets à vif proposée par la SACD. L’écrivain Marie Desplechin a rejoint Ariane Ascaride pour l’écriture du texte et Thierry Thieu Niang en a assuré la mise en espace. Son défi n’était pas des moindres, étant donné le désir de voler qui est à la base de cette création. Pour la Maison des Métallos, la pièce est passée par un léger processus de réécriture. Nécessairement, l’envie de raconter est toujours là et le désir de voler est resté le même ! Il vient de loin et semble irriguer de manière souterraine tout le parcours de l’actrice et auteur. Ariane Ascaride le tient de son père, d’origine napolitaine, qui lui a insufflé l’amour du théâtre. Sous sa direction, elle monte très tôt sur les planches, pour jouer du Shakespeare. Médée, Bérénice ou encore Antigone, sont autant de rôles qu’elle va tenir au long de sa carrière, ponctuée également par les cours d’Antoine Vitez au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. Puck, l’esprit espiègle du Songe d’une nuit d’été, refait subitement surface.

Sur la scène de la Maison des Métallos, c’est habillée d’un bleu de travail rouge que la comédienne nous accueille. Certains penseront à la Madone des ouvriers et ses personnages iconiques dans le cinéma de Robert Guédiguian, à Marius dans les décombres d’une usine en démolition et leur histoire d’amour, dans le film qui lui a valu le César de la meilleure actrice en 1998. D’autres y verront surtout un hommage au travail incessant que le métier de comédien demande, en deçà de l’imagerie glamour et des paillettes, travail sur soi et offert aux autres. Le public est d’ailleurs complètement sous l’emprise. Ariane Ascaride installe une belle écoute dans la salle, elle nous transporte au fil de son histoire, nous amène tout en douceur, avec humour, sans grandiloquence aucune, à entrevoir le secret de ces êtres d’entre les mondes que sont les acteurs – messagers, anges d’un nouveau genre. Pouk n’est pas loin, le récit prend des ailles, une énergie terrible s’y déploie par moments. Thierry Thieu Niang imagine une partition corporelle d’une grande justesse, qui dévoile Ariane Ascaride par touches, tantôt retenues, tantôt jubilatoires et éclatantes d’une force communicative, cet ange incalculable, les plumes ébouriffées par le Mistral.

Touchée par les fées tisse subrepticement des passerelles entre la vie et le théâtre, transmet cet irrépressible désir d’envol, aménage des véritables moments de grâce.

photographies © Jean-Louis Fernandez

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Smaranda Olcese

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