Théâtre

Appel à la lutte au nom d’Anna Politkovskaïa- Critique : Anna Politkovskaïa : non rééducable

23 avril 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La Maison des Métallos prend position en pleine année France–Russie en dévoilant un écrin : « Anna Politkovskaïa: non rééducable », un spectacle rare, dense et sublime. Mireille Perrier est Anna, intimement Anna Politkovskaïa, sans mélo, sans pathos, dans une justesse rare comme peu de comédiens peuvent le faire. Anna Politkovskaïa : non rééducable, s’accompagne chaque soir d’un débat. A voir absolument

La rencontre s’est faite à Avignon, comme souvent. Mireille Perrier était la femme qui a fait frissonner l’ensemble de la carrière Boulbon en jouant une mère cannibale lors du très beau spectacle d’Amos Gitaï. Elle rencontre alors l’équipe de la Maison des métallos et propose un seule en scène sur la journaliste assassinée dans son ascenseur le 7 octobre 2006 , à Moscou, jour du 54e anniversaire du chef de l’état, Vladimir Poutine.

Un cri de révolte contre la politique de Poutine et pour la liberté de la presse

Le spectacle permet de comprendre la complexité de la zone. Lors de ses enquêtes Anna rencontre Sacha, un jeune soldat de 19 ans, payé à tuer les tchéchènes « en fagot » « 10 par jour ». Son histoire sert de frise chronologique. Il est né en 1986 , en pleine Pérestroïka, moment de l’espoir et du renouveau, il a 5 ans en1991 et voit la fin de l’URSS. Il a 15 ans en 2001, la Russie d’Eltsine puis de Poutine est devenue une terre mafieuse. Anna enquête en 2005 sur la guerre entre la Tchétchénie contre la Russie.

Seule en scène , Mireille Perrier est des milliers, elle démarra sa carrière auprès d’Antoine Vitez et sait transformer un mouvement de main en un attentat, un regard en massacre, une démarche en homme.

Elle est si fine Mireille Perrier, et pourtant, elle le porte le grand et haut plateau de ce théâtre. Elle remplit l’espace , tout l’espace et entre dans nos corps et nos âmes. Nous sommes saisis dès la première minute et elle ne nous lâchera pas une seconde.

Ils sont exceptionnels ces moments de très grand théâtre, d’autant plus que le sujet aurait pu glisser dans quelque chose de bassement commémoratif. Mais , au contraire, Mireille Perrier fait l’histoire en retraçant les événements, permettant de complexifier les choses. En devenant Anna, elle nous fait comprendre que les « méchants » sont autant tchétchènes que russes, et qu’à Grozny, la neige n’est jamais vraiment blanche, elle est toujours teintée du sang des têtes coupées qui goutent, goutent, goutent….

En entrant dans des détails sordides « si je dois faire l’éboueur , je veux qu’on m’paie », Mireille Perrier nous livre les enquêtes fines de la journaliste qui interroge les soldats, les terroristes, les blessés, au point d’avoir elle aussi du sang sur les mains « s’ ils ne m’avaient pas parlé , ils ne seraient pas morts ».

Elle est grande la tentation de se taire, mais Anna Politkovskaïa n’a jamais cessé d’écrire malgré les gardes à vues et les séances de questions très musclées, au point d’être désignée par le régime « non rééducable », éthiquement inchangeable.

C’est son combat et non sa mémoire qui est offert au public dans ce spectacle aux allures de bombe.

Aujourd’hui, la Maison des Métallos permet de donner la parole aux journalistes exilés pour faire circuler le savoir sur la dictature Russe et donne le gout en France, aux journalistes, de ne pas se taire. Chaque jour, une rencontre est prévue dont la boite à sorties vous donne le calendrier ici. Demain soir, rencontre avec Akhmed Zakaïev, homme politique tchéctchène  refugié en Angleterre.

 Du 23 avril au 12 mai , du mardi au vendredi à 20h , le samedi à 19h et le dimanche à 15h , relâche le lundi et les 1er et 2 mai , 94 rue Jean-Pierre Timbaud – 75011 Paris  -Réservation : 01 47 00 25 20 , tarif spectacle  entrée payante : 13€
tarif réduit : 9€ vtarif « ami-es » : 8€,  durée 1h05

Adaptation et jeu Mireille Perrier , d’après le texte de Stefano Massini (éd. l’Arche) , traduction Pietro Pizzuti , conseillers artistiques Jean-Charles Dumay , Michèle Guigon (Le lavoir moderne 2009) ,conseiller chorégraphe Adrien Dantou , création lumières Ischrann Silgidjian ,création sonore Angelo Nizard ,conception costume Laure Jegger ,production L’abeille et l’orchidée

Crédit photo: Julie Durand

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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