Théâtre
A petites pierres, le texte de Gustave Akakpo magistralement servi au Théâtre de Belleville

A petites pierres, le texte de Gustave Akakpo magistralement servi au Théâtre de Belleville

03 octobre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le théâtre de Belleville accueille toute cette semaine dans le cadre du focus Gustave Akakpo la reprise de A petites Pierres par la compagnie l’Antre du monstre. Après un succès plus que légitime au Tarmac en 2008, l’absurde et la bêtise humaine  viennent se côtoyer sur la scène de ce joli théâtre. A petites pierres, où comment hurler sans crier et en riant l’horreur du monde.

« Ah quelle histoire ! Il faudra que je trouve un éditeur pour la publier ou un metteur en scène pour en faire une merveille ! Tout ça pour un malheureux coup de rein à peine entamé ! » Gustave Akakpo

Cela résume pas mal l’intrigue de cette pièce folle mise en scène par Thomas Matalou.  Dans un village africain, une jeune fille (Caroline stella) se laisse séduire par un qui « revient de France » ( Paul Tilmont). La France, ici, pays mythique où les hommes cuisinent et où les belles ont de petits nez.  Hérésie !  Une jeune femme convenable se doit d’être vierge, surtout quand elle est promise à un homme inconnu (Ludovic Lamaud) . Les pères (Franck Micque et Christophe Garcia) des deux parties sont d’accords sur la sentence : il faut la lapider. A moins que la grande soeur de la victime (Mariana Lézin),  féministe sur les bords ne  s’en mêle.

Voilà pour l’histoire. La force du spectacle réside dans la force de jeu, rare et puissante de la troupe. Le texte si il est beau reste difficile par ses multiplications de phrases courtes et par les images employées comme des proverbes. L’enjeu est de transmettre la dérision du propos, faisant d’un drame une farce. Rire d’une lapidation, rendre minuscules ces hommes sûrs de leur suprématie. La ruse est bonne : plutôt que d’offrir un manifeste, comme Eva Doumbia a pu le faire lors des Francophonies en Limousin, Akakpo se marre. Après tout, face aux grands cons, une grande gueule, ça le fait !

La pièce joue et se joue des outils du vaudeville, rideaux qui cachent, costumes qui travestissent. Avec justesse on saisit à quel point les personnages sont conscients du poids de la séparation entre les hommes et les femmes. Pour dépasser cela ils deviennent l’un ou l’autre dans une duperie très efficace.

Tous les comédiens crèvent ici le plateau. La supercherie n’est pas leur stratagème pour sauver la fille, elle est  le fonctionnement même de ce qui est appelé « tradition », excision comprise. C’est du décalage que vient la générosité de ce spectacle. Les comédiens se griment sur scène pour dire que cela est théâtre mais le texte joue du réalisme par un langage populaire. Entre fiction et réalité, A petites pierres nous en apprend plus sur des méthodes barbares que beaucoup de discours officiels. La scène semble se jouer hors du temps jusqu’au surgissement d’ une allusion aux « mails ». Là, on saisit que c’est aujourd’hui. Glacial.

De Gustave Akakpo on connaissait déjà Chiche l’Afrique, spectacle qui dénonçait la France-Afrique. Ici, il offre un texte tout aussi drôle, également politique mais qui en faisant semblant de raconter une histoire est plus percutant que son one man show.

Visuel : (c) Autorisation  Thomas Matalou

Reprise de Chiche l’Afrique : Au Théâtre de Belleville-Du mardi au samedi à 19h et dimanche 15h  Jusqu’au 20 novembre-Réservation au 01 48 06 72 34

 

 


 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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