Danse
The Very Last Northern White Rhino, danse magistrale pour une espèce presque éteinte

The Very Last Northern White Rhino, danse magistrale pour une espèce presque éteinte

23 septembre 2022 | PAR Adam Defalvard

Dans le cadre du festival Excentriques à la Briqueterie, le spectacle de Gaston Core The Very Last Northern White Rhino s’est révélé un splendide moment de danse porté par un interprète d’une sensibilité impressionnante.  

The Very Last Rhino 

C’est l’histoire tragique de l’extinction d’une espèce animale, victime d’un braconnage intensif, le rhinocéros blanc du Nord. Aujourd’hui il ne reste que deux représentants de l’espèce en vie, Fatu et Najin, une mère et sa fille. 

De cette histoire, le chorégraphe Gaston Core fait naître une danse. Et sur la scène, c’est une création réellement hybride qui se met en place. Le danseur Oulouy s’est inspiré des formes qu’il pratique lui-même (le krump, le coupé-décalé, le finger tutting) et ses inspirations ont été ensuite retravaillées avec le chorégraphe. Cette approche permet de décontextualiser le mouvement pour le transformer en une danse unique, dans une esthétique renouvelée. 

La salle de la Briqueterie ne possède pas de scène surélevée, le public est au même niveau que le danseur, et dès les premiers instants, la magie opère.

The Very Last Dance

Oulouy est envoûtant. Qu’il soit dans une recherche de lenteur,  parfois seules ses mains bougent,  dans un mouvement rapide et effréné, ou encore dans l’immobilité, son corps n’arrête jamais de transmettre au public toute l’émotion de sa chorégraphie. La danse commence d’ailleurs par être lente, sur un air de piano. Les yeux fermés, les bras d’Oulouy se détachent sur le fond blanc de la salle et laissent voir toute la mélancolie qui se dégage de l’histoire de l’extinction d’une espèce. 

Lorsque le mouvement est effréné, un sentiment inquiétant s’empare de la salle. Oulouy tourne en rond, se heurte contre les murs et déploie une gestuelle saccadée, effrayée et effrayante. Il y a là l’idée d’un mouvement perpétuel, mouvement de la Terre qui ne s’arrête pas mais aussi la frénésie d’un animal traqué. Au centre de la scène, toujours détaché sur ce fond blanc, le danseur semble se désarticuler complètement avant de tomber sur le sol. Il y reste un long moment, puis se relève, et la dynamique change de nouveau.

 The Very Last Human Emotion

Au centre de ce spectacle se trouvent quatre émotions. La mélancolie, la peur, l’agressivité mais aussi une forme de joie qui transparaît dans certains mouvements. Une joie qui évoque l’innocence animale et qui est donc parfaitement pure. En plus de la chorégraphie, les musiques choisies et le travail sur les lumières appuient ces émotions parfaitement pour les faire ressentir au public. Air de piano, musique ambiante inquiétante, bruits de paroles qui parfois se jouent à l’envers mais aussi des moments de pur silence où la danse ne s’arrête pas. Un fragment musical passe, des paroles se répètent en boucle et accompagnent le danseur : « Once again I try to keep myself in that hopeless and empty place » (Une fois encore j’essaie de me garder dans cet endroit vide et sans espoir).

Oulouy s’approche du public et danse devant lui avec une expressivité magistrale qui ne s’éteint jamais. Un spectacle d’une force inouïe qui exprime toutes les émotions de l’histoire de Fatu et Najin, les deux rhinocéros, qui vivent sans savoir qu’elles sont les dernières, et tout ce qu’elles représentent pour le monde. 

Pour plus d’informations sur le festival Excentriques qui se termine samedi 24 septembre, c’est ici.

Visuel : Gaston Core, White Rhino. ©Alice Brazzit. 

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Adam Defalvard

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