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Simon Falguières : « La figure de Boulgakov est très importante pour moi »

Simon Falguières : « La figure de Boulgakov est très importante pour moi »

11 septembre 2022 | PAR Julia Wahl

Le Moulin de l’Hydre est une ancienne filature de Saint-Pierre d’Entremont, un petit village de l’Orne. La compagnie le K y a élu domicile voilà un an et a décidé ce week-end d’ouvrir ce lieu au public (voir ici notre article à ce sujet). Simon Falguières, qui dirige la compagnie, en a profité pour nous présenter son projet.

Quel est le projet exact du Moulin de l’Hydre ?

Ça fait un an qu’on est là et on a le souhait d’en faire une fabrique théâtrale, un lieu de création et de répétition pour les compagnies normandes, puis les compagnies nationales. Un lieu où les artistes peuvent dormir et répéter sur un plateau qu’on appelle pour l’instant le Laboratoire. La deuxième étape, c’est qu’on rêve un jour de faire d’enlever ce laboratoire pour faire un grand théâtre de plain-pied, ce qui demande des financements beaucoup plus importants. Et la dernière phase, c’est de faire tous les étés un festival de décentralisation. La première édition serait la saison prochaine.

Ce serait un festival de combien de temps à peu près ?

On ne sait pas encore, on est encore en discussion collective à ce sujet. Ce serait sur plusieurs jours, évidemment pas plus de deux semaines. Peut-être quatre-cinq jours la première édition et au bout de quelques années arriver à deux semaines.

Ce serait essentiellement des compagnies normandes ?

Du moins, c’est la première ligne qu’on a en ce moment. On a comme idée de privilégier d’abord les compagnies normandes et émergentes. Après, ce serait bien que ça puisse s’ouvrir au national, voire à des compagnies internationales. Ça fait partie de nos rêves de pouvoir mélanger des gens du coin et des gens qui viendraient d’autres continents.

Justement, à propos de la localisation, comment se passent vos relations avec les habitants du coin depuis un an ?

Les liens avec les locaux, du moins avec les voisins les plus proches, sont très très forts. Je suis normand, ma compagnie est normande depuis dix ans, mais on n’est pas de ce territoire-là de Normandie. C’est donc un territoire qu’on connaissait moins et, quand on est arrivés, il y a eu un engouement très fort de la part de l’équipe municipale et de tous nos voisins proches. Je crois que ce lien était fort parce que, quand on est arrivés, on a commencé par de grands travaux qu’on faisait nous-mêmes. Les voisins nous ont donc vus faire des travaux en passant près de la maison tous les jours. La plupart de nos voisons sont des artisans, si bien qu’ils sont même venus donner des conseils et des coups de main. Même pour les constructions de décor, on a un des voisins qui fait du métal et qui nous a fait les barres LED qu’on utilise pour Le Nid de cendres.

Ensuite, je suis artiste associé à la Comédie de Caen, qui est juste à côté, et au CDN de Vire, qui est juste à côté aussi. Cela crée tout un tissu de réseau local et théâtral très fort. Mais le but de ce lieu, c’est qu’on le fait vraiment pour les gens d’ici. Pour cette préouverture, comme on en a beaucoup parlé, il y a pas mal de gens qui viennent d’ailleurs, mais on voulait qu’il y ait au moins la moitié de locaux.

Cela signifie qu’en plus d’un éventuel festival l’été, il y aurait des ouvertures régulières ?

Le lieu ne sera ouvert qu’au printemps et en été. Le but est de pouvoir réhabiliter tout l’espace du moulin qui sera un lieu d’hébergement aux étages et un café associatif, une bibliothèque et une cuisine participatives au rez-de-chaussée. On ne veut pas être ouverts tout le temps, mais faire des événements ponctuels, accueillir des compagnies en résidence et faire en sorte que leurs sorties de résidence soient visibles pour les locaux.

L’amitié entre les personnes qui vivent au Moulin date du Cours Florent ?

Pas du tout. Ça date d’avant. On a eu avec mes acolytes tout une aventure dans le milieu des lieux alternatifs et des squats en région parisienne. C’est des amis que je connais depuis plus de dix ans et avec qui j’ai déjà connu des aventures collectives. Là, on cherchait vraiment activement depuis deux ans. On vit ici à sept et à l’année. C’est vraiment une aventure collective : toutes les décisions sont prises collectivement.

A côté de nous, il y a un potager. J’imagine que c’est vous qui l’avez créé…

Oui. C’est pour nous. On commence à faire des fois des journées où on mange quasiment tout ce qu’il y a dans notre potager et c’est vraiment aussi le cœur du projet, une réflexion écologique. Il y a le potager, mais, notre grand chantier, c’est de rouvrir le bief, parce que, ici, il y a une falaise de schiste qui nous entoure, à côté, le Mont Cerisy avec une forêt classée au patrimoine national et une rivière qui s’appelle le Noiraud et qui longe le terrain. L’usine était une ancienne filature qui était activée par un moulin à eau. Le moulin maintenant est arrêté, mais on a encore le bief et on a le rêve de rouvrir ce bief pour remettre en eau le moulin et avoir une autonomie énergétique.

Ce serait à horizon de combien de temps à peu près ?

Il y en a pour au moins cinq ans.

Vous avez des financements ?

Pour le bief, pas pour l’instant. On est en lien avec la fédération française des moulins. Mais on a un premier financement qui vient d’arriver de la part de l’union européenne, pour réhabiliter l’espace du moulin en vue des hébergements et on est encore en recherche de dons, de mécénats et de financements publics pour faire avancer la fabrique théâtrale. Tant qu’on n’a pas les financements, on fait avec notre force vive et avec la culture qui est la nôtre, une culture de récupération. On a un parc lumière entièrement à nous, récupéré sur dix années, même chose pour le bois. Là, on a construit une grande scène de 9m x 15m. Ça nous a couté 0 euro, parce que ce n’est que de la récupération.

L’aventure du Nid de cendres a été pas mal couverte par la presse ; y a-t-il déjà des retombées de cet événement ?

Oui, et en même temps, on a le souhait de garder la même ligne. La première retombée, c’est que je pense que les saisons à venir on va plus jouer et ça c’est formidable. J’espère aussi qu’on aura les moyens de faire des créations de plus en plus rigoureuses.

Vous avez d’autres projets ?

J’ai un projet pour l’an prochain que je vais créer entièrement ici, dans le lieu du Moulin, qui est une commande de la Scène nationale d’Évreux, un solo que je vais jouer seul au plateau et qui s’appellera Morphé. C’est un spectacle qui, je crois, n’aura quasiment aucune parole, à l’opposé de mes derniers spectacles. Je monte aussi un spectacle avec le CNSAD et il y a la tournée des Étoiles en janvier et celle du Nid de cendres, donc c’est une année très très chargée. Le Petit Poucet aussi va continuer à tourner. Et la saison prochaine, je réfléchis à un spectacle de grande troupe, mais en partant d’un roman ou d’une histoire.

Quelle serait la source ?

Il y a trop de choses qui se mélangent… Il y a la figure de Boulgakov qui est très importante pour moi, qui se mélange aussi avec Kafka, avec l’Évangile…

Autour d’une trame ?

Il y a quelque chose qui est beaucoup revenu à la sortie d’Avignon, c’est l’idée d’un spectacle du diable. Mes lectures d’après Avignon étaient des lectures où le diable avait le rôle principal. Méphisto de Klaus Mann et Le Maitre et Marguerite de Boulgakov. Le Maitre et Marguerite a été un roman très marquant pour moi et il y a l’image de Molière aussi derrière Boulgakov.

 

Les spectacles de la compagnie le K à voir cette saison

Le Nid de cendres, texte et mise en scène de Simon Falguières (voir ici la critique d’Amélie Blaustein)

                10-11 mars : la Comédie de Caen

                11-20 mai : Nanterre-amandiers

                3-4 juin : Théâtre de la Cité – Toulouse

Les Étoiles, texte et mise en scène de Simon Falguières

                               6 janvier-5 février : Théâtre de la Tempête-Cartoucherie

                               9 février : Transversale-Verdun

Morphé, conception Alice Delarue et Simon Falguières

                               2-5 mai : Tangram-Scène nationale d’Evreux

Le Rameau d’or, texte et mise en scène de Simon Falguières

                               9-15 décembre : CNSAD

En librairie

Le Nid de cendres, texte de Simon Falguières, Actes sud, 2022 (voir notre critique ici)

Les Étoiles, texte de Simon Falguières, Actes sud, 2020

 

Photo : Simon Falguières

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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