Spectacles
Raoul Collectif : réjouissant signal d’alerte

Raoul Collectif : réjouissant signal d’alerte

09 août 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Dans le cadre de la 51ème édition du Théâtre du Fort Antoine à Monaco, le collectif belge reprend, dix ans après sa création, son exceptionnel Signal du promeneur. Du bonheur à l’état brut. 

Depuis une forêt de théâtre, les éléments qui la composent sont apportés par les acteurs au début du spectacle, cinq marcheurs nous invitent à penser (ensemble) notre monde tel qu’il ne va pas : les injonctions mortifères à la performance, à la sur-consommation, la quête effrénée de la possession (des autres comme des objets), le mensonge comme construction de soi mais aussi la jouissance de la création et la quête d’absolu. Le Raoul Collectif puise sa réflexion dans le parcours de cinq individus qui se sont construits en lutte contre les autres, la société et parfois eux-mêmes. Ils rejouent, par exemple, le procès de Jean-Claude Romand, cet homme qui inventa sa vie de toutes pièces et qui, un jour, décida d’éliminer tous les siens pour ne pas se confronter à la réalité. Ce temps du spectacle dit beaucoup du travail des Raoul : le travail documentaire précis, le plateau comme lieu de reconstitution et donc de compréhension de ce qui est advenu, la charge politique mais aussi un plaisir du jeu jouissif tant il est précis, intelligent et subtil. 

En cela, on ne peut évoquer les créations du Raoul sans citer la dimension musicale et le travail de chœur. Ils sont en harmonie, à la tierce et en polyphonie, différents mais unis, ils sont un petit groupe dont le sens de l’écoute et du regard porté à l’autre fait ciment. Qu’il soit proprement vocal ou instrumental (il faut au moins une fois dans sa vie de spectateur les entendre jouer tous ensemble au piano ou la Marche Funèbre à la fanfare), le travail sur la musique est essentiel. Ponctuation du spectacle, rythme dans la dramaturgie, matière à rire ou émouvoir, il est surtout une réponse possible à la discorde et la dislocation des relations humaines. Ces temps-là sont partagés et semblent ouvrir la voie à une réparation subtile, légère et joyeuse. 

Romain David, Benoit Piret, David Murgia, Jean- Baptiste Szezot et Jérôme De Falloise sont tous, et chacun à leur manière, d’exceptionnels acteurs. Ils seront tour à tour hilarants ou terrifiants : chevalier médiéval incitant au travail, présidente de tribunal, avocat dans le procès de Romand, marcheur éclairé et éclairant, jeune homme émouvant rêvant (littéralement) de tuer sa mère. A eux cinq ils inventent un théâtre à nul autre pareil à la fois d’une force politique rare, sans concession, mais aussi faussement foutraque et irrémédiablement poétique. Dans ce petit amphithéâtre de pierres extérieur qu’est le Théâtre du Fort Antoine, surplombant la Méditerranée, ils ont fait résonner haut et fort leur singularité dans le paysage des collectifs qui ne le sont presque jamais. 

A la toute fin du spectacle la question est posée de savoir ce qu’il reste quand tout disparait, quand tout est détruit par les Hommes. Et on se surprend à espérer que la réponse soit ces cinq artistes-là dans la pénombre d’un plateau, jouant une marche funèbre en fanfare toujours prêts à dire le monde, ses violences et sa poésie. 

Crédit photo : © Cici Olsson 

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Thomas Cepitelli

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