Théâtre
« Notre temps collectif » au théâtre de la Bastille

« Notre temps collectif » au théâtre de la Bastille

08 juin 2015 | PAR Flora Vandenesch

« Qu’est ce qui poussent des artistes à penser, imaginer et créer collectivement? » Autour de cette question, le théâtre de la Bastille propose 4 jours de libre exploration en invitant 7 collectifs à partager Notre temps collectif avec pour consigne : « Dans les bancs de poissons, il n’y a pas de sardine en chef! » Samedi 6 juin, pour le dernier soir de cette belle programmation, Raoul Collectif présente Epigraphe, suivi de Regarde le lustre et articule, une lecture improvisée des Chiens de Navarre.

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Qui mieux que les Chiens de Navarre symbolisent le collectif au théâtre en ce moment? En clôture de Notre temps collectif au théâtre de la Bastille, les neuf comédiens se lancent dans une improvisation extravagante, Regarde le lustre et articule, en référence à cette phrase de Luis Jouvet adressée à un comédien : « Quand tu ne sais plus quoi faire, regarde le lustre et articule. » Provocateurs, bousculant les conventions et les idées reçues, les Chiens de Navarre s’emparent du plateau, le public lui est déjà conquis, laissant libre cours à leurs jeux verbaux, les pages blanches volant au fil des mots. Lire ensemble un texte qui n’existe pas. Le ton est donné. Aucun artifice cette fois-ci, ni décor, ni costumes, le groupe est simplement assis autour d’une table, plongé dans l’expérience, différente à chaque représentation, de la lecture performée d’une pièce contemporaine non-écrite.

Les comédiens prennent la parole, se répondent, l’un incarnant Bertolt Brecht, l’autre le « ça » de Jacques Lacan. Des conversations se nouent entre un chameau et une vulve, les déesses grecques Aphrodite et Vénus, l’allégorie de la Culture discute avec l’Histoire. C’est drôle, la complicité est là, à travers les regards, l’écoute, l’énergie qui circule. Et c’est communicatif, on ne peut que se sentir gagné par cette joie qu’ils ont d’être ensemble. « Rideau », « noir », « Bertolt Brecht sort », les images naissent à l’évocation de ces jeux de scènes imaginaires et les sarcasmes fusent : « Un spectateur se lève, quoi 20 euros pour cette merde ? La prochaine fois je n’irai pas à la Bastille, j’irai voir un bon Bondy. »

Chaque soir de Notre temps collectif donne à voir une étape de travail en cours. Ce samedi, c’est Raoul Collectif qui ouvre les portes de sa répétition, au terme d’une semaine de travail de son prochain spectacle. « Le collectif au plateau prend en charge une grande partie du propos, (…) rendant visible dans le même temps l’utopie d’un groupe et le manque de groupe. » Pour les comédiens issus du conservatoire de Liège, le collectif fait partie d’une démarche intuitive. « Antenne dans 2 minutes ». Quand l’annonce se fait entendre, Raoul Collectif est déjà sur scène. Bercés par une musique de jazz, nous sommes introduits dans un studio radio, la 347ème émission précisément, par cinq jeunes hommes lookés années 70 devant leur micro. Contours définis, mots choisis et citations en latin, le propos est limpide, assuré, et tout de suite, il interpelle. Face à la suppression imminente du programme de l’émission, se posent les questions de la responsabilité collective et de la propriété privée. Le vote se fait à main levée, les avis divergent, les personnalités se dessinent et s’unissent dans un chant hispanique en chœur. Et, pour une fois, quand le noir se fait sur le collectif, on se dit que c’était trop court.

Visuel : Affiche Notre temps collectif

Du 4 au 7 juin 2015, au théâtre de la Bastille, 76 Rue de la Roquette, 75011 Paris.

L’agenda culture de la semaine du 8 juin
Valérie Zenatti prix du Livre Inter pour « Jacob, Jacob »
Flora Vandenesch

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