Performance

Olivier Saillard et Mathilde Monnier défilent pour la Fashion Week

Olivier Saillard et Mathilde Monnier défilent pour la Fashion Week

23 juin 2018 | PAR Didier Duplenne

Dans le cadre de la Fashion Week Homme de Paris, Olivier Saillard et Mathilde Monnier nous ont offert un ‘Défilé pour 27 Chaussures’,  une performance dansée, au Grand Palais. Les souliers de la maison J.M.Weston n’y sont pas des accessoires mais bien le cœur et la raison d’être du spectacle.

Par Didier Duplenne

Olivier Saillard avait surpris il y a quelques mois en quittant son poste de Conservateur du Palais Galliera (Musée de la Mode de la Ville de Paris) pour devenir le nouveau Directeur Artistique de J.M Weston, en charge de la création et de la communication chez le célèbre et très patrimonial bottier français,. A Galliera, il avait brillé avec de très belle expositions consacrées à Comme des Garçons, Lanvin, Alaia, Martin Margiela,. En parallèle de son travail sur l’histoire de la mode, il avait aussi déjà conçu et présenté des performances : on se souvient du très beau, très émouvant et peut-être un peu snob ‘Models Never Talk’ au Festival d’Automne en 2015.

En ce premier jour de Fashion Week, et dans le cadre de ses nouvelles fonctions, il a proposé un vrai spectacle et c’est à Mathilde Monnier, aujourd’hui à la tête du Centre National de la Danse de Pantin, qu’il fait appelle pour co-chorégraphier et danser une exposition en mouvement.

Le plateau est très large et peu profond, éclairé des 2 côtés de rampes de phares à la lumière crue et rasante, le public est sur 5 rangs de gradins tout en longueur, comme pour un défilé de mode. Mais en fait on est sur un champ de course ou les souliers (mocassins, derbys, bottes de la Garde Républicaine…), tous noirs, sont comme des petits chevaux que la chorégraphe va déplacer peu à peu pour les faire avancer (en mode, on doit toujours avancer, même si l’on s’inspire du passé) dessinant à la fin une composition graphique sur le sol. Et quand dans un défilé un mannequin va traditionnellement enlever son manteau pour montrer sa robe, ici la danseuse (collant noir et chemise blanche), dans un mouvement crâneur mais assez sensuel, elle, se chausse et avance.

Pour la bande-son, les saxophones répétitifs et inquiétants d’Invocation de l’américain Moondog ouvrent le spectacle, puis les cordes dissonantes de Colin Stetson et Sarah Neufeld créent une atmosphère captive.

Les souliers sont la raison d’être du spectacle. ‘Les Emblématiques’ (un service marketing dirait les iconiques-de-l’ADN-de-la-marque), onze modèles créés depuis 1930 par J.M Weston, sont de beaux objets de design mais aussi des produits, et une chaise de Mallet-Stevens, seul élément de décor, est là pour faire le parallèle et nous le signifier.

Si le prétexte de cette performance est bien un évènement de communication commerciale (ce que sont les défilés de la fashion week) et le public bien plus ‘modeux’ qu’au Théatre de la Ville (on reconnaît en ‘Front Row’ les créateurs de mode Veronique Nichanian de chez Hermes, Christian Lacroix, Bouchra Jarrar…), on a bien là malgré tout, en 30mn, une vraie œuvre qui aurait sa place dans un programme de danse contemporaine. Paradoxe intéressant, bien à l’image de la riche personnalité d’Olivier Saillard.

Le format défilé a des contraintes fortes (ils durent 8 minutes en moyennes maintenant !), difficilement compatibles avec un vrai travail de chorégraphe qui souhaite aller au-delà du simple clip, mais on se prête à rêver d’un Hofesh Shechter chorégraphiant autour de la mode de Virgil Abloh pour Louis Vuitton ou d’un Eric Arnal Burtschy  intervenant chez Rick Owens.

Visuel : ©Didier Duplenne

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Didier Duplenne

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