Théâtre

Le Songe d’une Nuit d’Eté, un Shakespeare réinventé au Lucernaire façon nectar.

Le Songe d’une Nuit d’Eté, un Shakespeare réinventé au Lucernaire façon nectar.

22 juin 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Le Songe d’une nuit d’été, la célèbre comédie de Shakespeare est connue longue complexe et confuse. L’adaptation qui en est faite au Lucernaire par Philippe Person et mise en scène par lui et Florence Le Corre lui donne sans en perdre l’aspect onirique un rythme nouveau. La comédie retrouve ses rires et ses fous rires.

Le songe est une comédie

La pièce est une comédie qui commence comme un Molière, on pense à l’Avare ou Tartuffe. Thésée, le duc d’Athènes impose à sa fille d’épouser un homme alors qu’elle en est amoureuse d’un autre. Le père dans le même moment organise ses propres noces et la pièce traversera cette unité de temps entre l’annonce de ce mariage paternel et le mariage lui-même. La fille décide de fuir dans la forêt avec son amant, amant qui est aimé par une autre femme moins belle mais plus grande; cette femme qui dénoncera la fuite des deux amants est aimée par un autre encore. Pour agrémenter le tout une pièce qui doit être jouée lors du mariage du Duc est créée et répétée dans la même forêt par une jeune équipe d’ouvriers illettrés. Et pour épaissir un peu plus l’intrigue un couple d’elfes se querellent dans cette même forêt, unité de lieu,  cependant qu’ils  tenteront d’adoucir les disputes conjugales et de réparer les appariements à l’aide d’un philtre d’amour et aidé par le bouillonnant Puk. On l’aura compris le songe est un conte onirique et fantastique sur l’amour et ses déconvenues La pièce est un empilement de scènes cocasses et aussi un enchâssement de deux pièces dans une mise en abîme du théâtre, dispositif qui ouvre à un discours sur l’art dramatique autant qu’il se veut ressort comique.

L’adaptation raccourcit le texte d’une bonne heure. Philippe Person, audacieux cible la séparation et l’agglutination de la substance comique de ce composé que constitue le long spectacle Shakespearien. Il accomplit ce que les puristes n’osaient faire sans avouer qu’ils le rêvaient. Le résultat est un nectar Shakespearien où la force comique désormais rythmée selon nos temporalités contemporaines est retrouvée. Mieux! Le rire émerge plus souvent mais aussi avec plus de puissance. Les rires du public accompagnent la totalité de la représentation.

Le songe est une réflexion sur le théâtre

Cette adaptation réduite est en même temps totalement fidèle au texte et au sous texte; elle reprend les thèmes abordés par la pièce: l’autorité des pères, la complexité des êtres, le conflit avec la société, l’opposition entre le songe et la réalité, jusqu’à même par un décor judicieusement choisi la magie prêtée par les hommes à la nature. Enfin elle adhère à l’esprit de la pièce qui se voulait une réflexion sur le théâtre par le double dispositif d’une mise en abime et de la troupe d’amateurs. La mise en scène est inventive, audacieuse, jeune et dynamique. Chaque scène nous offre une trouvaille de scénographie habile mais jamais facile. Le couple Lecorre Person à qui l’on doit dernièrement les deux succès La maison de Poupée d’Ibsen ou le Dindon de Feydeau connait son théâtre et son Shakespeare; le duo épouse cette réflexion sur le theatre,

… et sa direction d’acteurs

La danse du prologue chauffe la salle autant que les comédiens et insuffle les premiers sourires inauguraux des multiples éclats de rire à venir. Les comédiens de la promotion 2018 de l’école d’art dramatique déploient leur talent tout neuf dans un rythme soutenu et une contagieuse énergie. Leonard Ballesteros sourire en coin et Thomas Modeste dans une incarnation du play-boy ne quittent jamais la force comique de leur personnage respectif Demetrius et Lysandre. Bénédicte Fantin (Helena) a un immense talent et traverse admirablement les aléas de l’intrigue et ce dont ils sont responsables dans l’évolution de son personnage.  Lucas Bottini réussit un Puk sautillant et attachant qui marque l’histoire du rôle. Jordan Brendao Rodrigues crée un Oberon magistral à la belle présence sur le plateau. Alice Serfati est une magnétique Hermia tandis que Juliette Ramirez défend une Titiana en flamboyante maîtresse femme. Nos bravos aussi à Élodie Fischlenski, Angélica Louis et à Manon Hincker, comédienne et musicienne, responsable d’une androgyne Lecoin hilarante. Tandis que Florian Edet assure parfaitement la pompe du Duc à l’autorité magistrale, mais attaquée.

Ainsi avec une troupe au grand coeur, cette adaptation réduite d’une heure met à nu le corps du texte et le geste de Shakespeare pour une comédie simplement désopilante.

 

 

 

LE SONGE D’UNE NUIT D’ETE

d’aprés William Shakespeare

mise en scène Florence Le Corre et Philippe Person

Crédit Photos © Jennifer Guillet

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