Performance
L’humour sur assise à Vive le sujet 1 au Festival d’Avignon

L’humour sur assise à Vive le sujet 1 au Festival d’Avignon

11 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis plus de vingt ans, c’est un incontournable. Vive le sujet ! ( Sujet à vif, vif du sujet… bref !) est un programme de la SACD et du Festival d’Avignon qui fait se rencontrer des gens qui ne se connaissent pas. Et parole de fan du programme, ce Sujet 1 est l’un des meilleurs de l’histoire !

 

Tout commence avec un duo composé de Violaine Schwartz et Victoria Belén pour De l’une à l’hôte. Violaine va s’éclater. Elle est assise sur une chaise, et sous elle se trouve Victoria, circassienne de son état. Violaine nous raconte le point de départ très sérieux du spectacle. Figurez-vous que l’hospitalité est rentrée au patrimoine universel de l’Unesco et que donc vous pouvez envoyer vos témoignages ici, via l’association PEROU. Il s’en trouve 40 sur les sièges du délicieux Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph.

Après, c’est moins sérieux et super drôle. En mode conférence, la comédienne nous explique l’alpha et l’oméga de la notion d’hospitalité. À quel point je est un autre, tout ça, tout ça. La circassienne accompagne les mots et très vite l’image est irrésistible. Toutes les expressions comportant du corps sont illustrées : faire des pieds et des mains, s’épauler, passer la main, etc. La performance grimpe en talent et en émotion, car évidemment, ça ne se passe pas comme prévu. Les grands idéaux se heurtent à la réalité administrative et à ses propres limites. Les deux artistes se déploient à 1000 % chacune dans leur rôle, Violaine Schwartz livre un numéro de mère au bord de la crise de nerfs à faire pâlir Valérie Lemercier, et Victoria Belèn prend dans son corps caoutchouc toutes les vicissitudes glauques du système français.

C’est drôle, vif et intelligent !

Sans transition, arrivent, munis eux aussi d’une chaise, David Wahl, le plus philosophe des comédiens, et Olivier de Sagazan, le plus performatif des sculpteurs.

Ces deux-là étaient vraiment faits pour se rencontrer ! David se passionne pour la terre, son Histoires de fouilles le prouvait bien, et Olivier fait des sculptures vivantes et éphémères en argile. Ils vont donc nous emmener à Castres, ville de naissance d’un fou de cailloux, Pierre Borel. Ce naturaliste et scientifique voyait tout dans ces pierres. La naissance de l’humanité, et même, des sexes féminins et masculins.

David Wahl raconte, et nous on pleure de rire à l’écoute décalée de ces histoires de pierres pas du tout plombantes. Il passe par la création d’Adam et par le Golem, monstre d’argile conçu pour éviter aux juifs d’être tués pendant les pogroms. Il vient nous dire que les pierres parlent, et qu’il faut les écouter.

« La terre est un organisme vivant », nous dit-il. Et pendant ce temps, Olivier de Sagazan met les mots en actes. Il va transformer le comédien en arbre. Dit comme cela, ça paraît bizarre, et c’est à la fois super drôle et super beau. On pense à Nadj bien sûr qui dansait dans la glaise, lui aussi convaincu que tout retourne toujours à la terre. Le duo joue la carte de la légèreté et nous entraîne, offrant des images folles, comme ce moment où Olivier de Sagazan secoue la tête faisant s’envoler toute l’argile qui s’accumulait en grosse masse sur tout son visage. Beau.

Un programme 1 donc fou, super cohérent et tellement intelligent, où le fond et la forme dansent ensemble avec un humour libérateur en ces temps un peu sombres tout de même !

 

 

De l’une à l’hôte, Violaine Schwartz

Texte Violaine Schwartz et extraits de Tout autour. Une œuvre commune du collectif PEROU – Pôle d’exploration des ressources urbaines
Avec Victoria Belén et Violaine Schwartz
Collaboration artistique Pierre Baux
Son Emmanuel Baux

Nos cœurs en Terre, David Wahl et Olivier de Sagazan

Conception et réalisation David Wahl et Olivier de Sagazan 
Texte David Wahl
Mise en scène Gaëlle Hausermann

Jusqu’au 13 juillet à 11 heures. Jardin de la vierge du Lycée Saint-Joseph

Visuel : Nos cœurs en Terre, David Wahl et Olivier de Sagazan, 2021 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. ameli[email protected]

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