Performance
L’expérience ténébreuse de Rémy Yadan : Les Fumeurs Noirs au festival Artdanthé

L’expérience ténébreuse de Rémy Yadan : Les Fumeurs Noirs au festival Artdanthé

27 janvier 2015 | PAR Camille Lucile Clerchon

Ça y est, ça bouillonne à Vanves, Artdanthé est lancé et durera jusqu’au 4 avril!
Ça commence fort avec les Fumeurs Noirs de Rémy Yadan, pour une expérience hors du commun à l’épreuve du politique et du poétique.


Dès l’entrée dans la salle, nous éprouvons la noirceur, d’une densité toute particulière, mais assez lumineuse toutefois pour comprendre qu’il ne nous sera pas proposé de nous asseoir. Nous formons, spectateurs, un troupeau vacant, peut être légèrement inquiet, qui spontanément se rassemble au centre de la salle.

De l’ombre surgissent des figures sur de nombreux podiums qui nous encerclent. Nous ne savons jamais où, dans ce cercle, se produira l’action, et restons dans un climat d’aguets qui fait de cette expérience une réelle aventure collective.
De la noirceur surgissent de multiples foyers ; nous sommes confrontés, en tant que masse faisant, de fait, collectif, à un ensemble de propositions qui suscitent émotions et réflexions : la surveillance, la punition, le sacrifice et la cruauté comme notions fondatrices des sociétés. Le patriotisme martial est mis sur le plateau, sentiments mêlés en ces temps où les valeurs semblent se reconfigurer, telle une tectonique des plaques à l’issue incertaine.
Puis parfois de véritables moments de danse viennent dire la liberté inaliénable des corps, les chants et les chorégraphies colorent de joie, de légèreté mais aussi de vanité cette expérience troublante.

Les Fumeurs Noirs sont des formations géologiques situées au plus profond des océans, là où il n’y a plus de lumière, sorte de volcans desquels s’échappent des fluides brûlants, en quelque sorte, le trop plein de chaleur de la Terre.
Ce titre, et les images qu’il charrie est un fil conducteur pour un dispositif global au sein duquel se développe une proposition fragmentaire aux multiples références.
S’il est fait appel aux écrits de Michel Foucault et de Walt Withman, il s’agit plus largement d’une expérience sensorielle et émotionnelle qui traite les textes pour les pouvoirs évocateurs des mots plus que pour étayer un propos philosophique construit. Il s’agirait donc de se laisser aller à une expérience possiblement cathartique.

La proposition de Rémy Yadan en appelle à la performance, au théâtre, à la danse et à l’installation dans une hybridité remarquable des disciplines. Enveloppés dans l’atmosphère singulière d’un univers visuel et sonore très puissant, debout comme dans une exposition, mais face à des corps livrés sans retenue comme à un spectacle de danse, et avec à des acteurs qui donnent corps à des textes, il y a dans les Fumeurs Noirs un syncrétisme rare, humble et génial.

Les Fumeurs Noirs de Rémy Yadan : du 26 au 27 janvier 2015 au Théâtre de Vanves

Programme complet du festival Artdanthé : http://www.theatre-vanves.fr/discipline/artdanthe/

Infos pratiques

Agenda Classique de la semaine du 26 janvier
« Sous les bombes, nouvelle histoire de la guerre aérienne » de Richard Overy
Camille Lucile Clerchon

6 thoughts on “L’expérience ténébreuse de Rémy Yadan : Les Fumeurs Noirs au festival Artdanthé”

Commentaire(s)

  • Yvon Lafresnie

    Personnellement j’ai dû manquer la distribution d’ecstasy à l’entrée de la salle, donc je n’ai pas vraiment vécu cette proposition de la même manière que notre amie Camille Lucile Clerchon, et je conseille aux lecteurs de toutelaculture.com de ne pas croire un mot de ce qu’ils viennent de lire.
    De toute façon, la dernière de ce spectacle avait lieu ce soir, et il y a fort à parier qu’il ne ressurgira pas de si tôt dans un théâtre près de chez vous, tant il est difficile de pouvoir justifier la présence d’une telle mascarade dans une programmation.

    En quelques mots: une utilisation des textes très puérile, de type théâtre universitaire, présentation de fin d’année, des textes d’ailleurs interprétés par des comédiens soit maladroits soit amateurs, une vision de la performance très pauvre, quelques playbacks mal faits (dont un pénible chant de légionnaires, genre on a fait de la dramaturgie en tapant « musique patriote » sur google pis on est tombés là dessus et wouaw ça a de la gueule ça va faire bien comme moment), un morceau de Metronimy, comme ça, un acteur qui fait semblant de se pendre en gigotant tout nu deux minutes, brrrr j’en tremble encore, quelques grosses basses pour faire un peu néo-gothique parce que ça va bien avec le mec en slip agenouillé mains dans le dos qu’on avait vu en entrant dans la salle, avec son petit côté Tétû Magazine, tee-shirt ouvert sur poitrine musclée imberbe. On dirait un show produit pendant la Fashion Week par une boîte d’évènementiel qui voudrait faire dans la performance arty dark.
    Alors notre amie Camille qui signe cette critique semble assez impressionnée par l’interdisciplinarité de ce spectacle: c’est touchant, quelque part, de voir que des critiques tiennent encore à s’amouracher de ce sujet de l’interdisciplinarité dans leurs articles alors que ça court les rues depuis belle lurette et que ça en devient presque gênant de le voir relevé de la sorte. Mais peut être que lorsque ça atteint « un syncrétisme rare, humble et génial », alors…
    Rare: non… Humble: que vient faire l’humilité dans ce bateau? Génial: eh ben dis donc, le génie pour terminer. Camille! Camille, enfin quelle mouche vous a piqué?

    C’est un spectacle complètement raté, c’est du mélange de vu et revu, mais en version « mal fait », c’est idiot, prétentieux (le pauvre Deleuze en entendant ce qu’on faisait de lui s’est retourné toute la nuit), et puis c’est vraiment nul, en fait. Voilà. Complètement nul. Même avec « syncrétisme » et « catharsis » dans le texte, cette critique, Camille, elle ne passe pas la rampe, elle non plus! Au boulot!

    janvier 28, 2015 at 2 h 10 min
  • Franck de Marjorie

    Bravo Camille Lucile Clerchon pour cette excellente retranscription artistique et politique. J’y étais et je partage exactement ce sentiment profond, ce voyage existentiel, sensoriel, si poétique !
    Il est si rare aujourd’hui de vivre une expérience spectaculaire mêlant ainsi les disciplines et les arts dans une aussi parfaite maîtrise. Rare aussi de vivre une secousse sismique aussi renversante. Rare d’être surpris dans le champ du spectacle vivant tout simplement.
    Certes, on est loin des propositions minimales de la Ménagerie de verre ou du centre Pompidou qui présentent de très belles créations par ailleurs, car ici se vit une oeuvre qui réunie des outils effectivement connus des arts vivants en réinventant une entière personnalité créative. Cette création sillonne entre les dimensions cinématographiques de David Lynch, les spectacles éblouissant de Bob Wilson ou encore les magies audacieuses de Castelluci.
    Enfin du contemporain et qui échappe aux formatages contemporains. Quel regain de vie ! Quel souffle !
    On peut y voir de la chorégraphie, de la performance, de l’installation, du théâtre (et même du cirque contemporain dans le dispositif ), c’est saisissant et unique.

    Les différents choix de texte sont parfaits, les interprétations poignantes, les lumières bouleversantes, l’espace et les volumes sont entièrement repensés à chaque émergence scénique. La puissance des mots, les musiques, les couleurs … Dans les horreurs du pouvoir, il y a aussi la liberté en dernier répit qui nous tourmente dans une émotion si singulière et tellement actuelle.
    C’est un travail d’une très grande qualité, d’un très haut niveau, vraiment bravo aux Fumeurs Noirs de Rémy Yadan et à tous ces fantastiques interprètes.

    La critique acerbe, désolante de sécheresse et méprisante de ce « Yvon La bêtise » suinte la frustration ou l’incompréhension que l’on retrouve souvent autour des oeuvres rayonnantes et dérangeantes de beauté. Ces réactions épidermiques et cérébrales dépourvues de sensibilité sont finalement utiles pour affermir les oeuvres et les stabiliser dans le temps. Le contemporain et surtout « le sensible » , puisqu’il s’agit de ça ici, n’est vraiment pas l’affaire de tous. Cette hargne nauséabonde prouve bien que ce spectacle ne laisse pas indifférent et qu’il faudrait le voir et le revoir encore…

    janvier 28, 2015 at 13 h 31 min
  • jerome bergé

    Sans doute un des pire spectacles d’Ardanthé depuis la création du Festival. Merci Yvon pour cette fine et juste réponse qui me rassure sur mon état de santé mental. Rien à ajouter. L’article de cette « journaliste » est au niveau du spectacle. Scolaire, Amateur, Insipide, clicheteux, vide d’idées, mal écrit, mal joué, mal rythmé, prétentieux. A fuire.

    janvier 29, 2015 at 1 h 40 min
  • Matthieu Guichet

    Sans doute l’un des meilleurs spectacles du Festival : -)
    Vos critiques sont franchement débiles. Les gros Réac en art contemporain disent la même chose (amateur, mal réalisé, scolaire, mon petit frère pourrait en faire autant blablabla…) C’est juste sublime ! Et je n’ai pas pour autant une culture de MJC Messieurs ! Je sais apprécier une création de Boris Charmatz, de Jérôme Bel ou de Rémy Yadan. Tout était parfait pour moi. Le jeu des acteurs, la déambulation spatiale, la dramaturgie. Ils sont tous beaux dans leurs rôles. Et ce texte de Whitman à la fin est tellement prenant.
    Pour moi c’est un chef d’oeuvre. Ceux qui ne l’ont pas vu ont vraiment raté quelque chose. Effectivement Franck, c’est en polémiquant que l’on donnera du sens à cet excellent travail.
    Continuons !

    janvier 29, 2015 at 13 h 48 min
  • Matthieu Guichet

    Je suis tombé hier sur un grand article d’Anaël Pigeat parfaitement bien écrit sur le metteur en scène et plasticien Rémy Yadan dans le magazine Art Press de février.
    Lisez-le, vous comprendrez p’tre davantage son travail

    janvier 29, 2015 at 13 h 52 min
  • Yvon Lafresnie

    Franck de Marjorie, oui, oui oui, vous avez raison, c’est un mélange, sans aucun doute, vraiment aucun, de David Lynch, Romeo Castellucci et Bob Wilson, mais vous oubliez aussi Delacroix, Tarantino, et Bergman ainsi que quelques autres grands génies de l’histoire de l’art dont Rémy Yadan est l’héritier ainsi que le passeur, et il y a fort à parier que l’élève bientôt dépassera ses maîtres.
    Quant à vous, cher Matthieu Guichet, je vois que vous n’avez pas apprécié mes comparaisons avec les pratiques amateurs: je vous taquinerai bien encore davantage en vous disant que, de mon point de vue, le passage qui vous a tant plu (Whitman) est l’un des passages les plus réussis du point de vue de l’amateurisme, digne d’un passage de scène aux auditions d’un petit conservatoire d’art dramatique.
    Ainsi va la vie des spectateurs: vous adooooorez, je dééééééteste, rien de plus normal finalement que les différences d’opinion face à une proposition artistique, non? Par contre, ce petit combat virtuel n’est, contrairement à ce que vous dites, absolument pas la preuve de l’exceptionnalité sublime de ce chef d’oeuvre: il ne laisse pas indifférent, en effet, c’est pire. Oui, il y a pire que l’indifférence: l’allergie.
    Au revoir!

    janvier 31, 2015 at 3 h 21 min

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