Performance
Les mémoires enfouies dans les pierres de Aine E. Nakamura à la Biennale de Venise

Les mémoires enfouies dans les pierres de Aine E. Nakamura à la Biennale de Venise

01 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Présentée en première mondiale ce vendredi 1er juillet, la pièce de Aine E. Nakamura, Under an Unnamed Flower a pris place sur le Campo Santo Stefano, en ajoutant des pierres aux pierres. Triste et puissant.

Aine E. Nakamura est avec Antoine Neufmars la lauréate du prix de la performance de la Biennale de théâtre. Cette dotation vise à soutenir des artistes pour qu’ils puissent présenter une œuvre performative in situ. C’est donc chose faite, et ceci gratuitement jusqu’au 3 juillet inclus, à 18 heures.

Nous nous retrouvons donc, happy few concernés et passants curieux, assis à même la pierre brûlée par la canicule du jour – et sous la menace d’un orage qui refuse d’éclater – autour d’un cadre de scène. Elle arrive en kimono rose et commence par nous faire rire avec ses petits pas et sa drôle de voix. Mais vite, le rire laisse place à la sidération. Dans cette performance qui mêle théâtre, danse et voix, l’artiste américano-japonaise fait remonter des histoires oubliées, fondues dans des guerres qui n’ont d’autres noms que « la guerre », « une autre guerre ». Cette œuvre fait référence à l’article 9 de la Constitution japonaise où il est écrit : « Le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation ».

La performance tisse un fil de soie entre les générations, entre les familles qui ont perdu des soldats ou des civils, entre les systèmes d’occupation anciens et actuels. Munie d’une toile de parachute militaire et de quelques cailloux pour décor, la comédienne glisse dans un corps de plus en plus étrange et qui pourtant reste doux. Étrange et attirant. Elle est envahie par des voix qui la possèdent, qui lui ordonnent de parler, de raconter.

Le langage est un acte qui perd tout fil narratif. Il n’y a qu’elle qui peut rassembler les mots pour tenter de leur donner un sens. Under an Unnamed Flower apparaît comme un manifeste pour la non-violence. Dans ces citations et dans ses mouvements qui la font sortir du cadre, Aine E. Nakamura vient chercher le regard des spectateurs, elle vient nous attaquer dans nos bons sentiments.

Il ne faudrait pas que cette ligne dans la constitution, semble-t-elle nous dire, empêche les vivants de se souvenir que par le passé, les guerres ont existé, et qu’elles ont laissé des traces, comme les petits cailloux que le Petit Poucet laissait derrière lui pour retrouver son chemin.

Under an Unnamed Flower est une performance aride, aussi dure que la pierre, qui pourtant illumine par ses moments suspendus et sa douceur. Aine E. Nakamura dans son kimono ancestral porte, dans chaque brin de soie, la mémoire de quelqu’un, et peu importe qu’elle connaisse son nom.

Jusqu’au 3 juillet à 18 heures. Durée 40 minutes. Accès libre sans réservation.

Visuel : © Bienale di Venezia

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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