Performance

Kaddish et set à cordes : Arthur Nauzyciel et Albin de la Simone éblouissants à la POP

Kaddish et set à cordes : Arthur Nauzyciel et Albin de la Simone éblouissants à la POP

12 novembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

La POP, péniche amarrée en face du 40 quai de Loire assure depuis le printemps dernier une programmation éclectique et pointue. Premier volet de sa saison automnale, le double spectacle du Kaddish de Allen Ginsberg mis en scène et joué par l’éblouissant Arthur Nauzyciel et la musique assurée pour la pièce puis en mode dada expérimental doux et brillant pour la deuxième partie par Albin de la Simone est l’événement culturel à ne pas manquer ce week-end. Foncez à 19h30 le 12 novembre ou à 16h30 le 13 novembre .
[rating=5]

Avec une musique arrangée par Albin de la Simone, une création vidéo subtile signée Valérie Mrejen des lectures du journal d’Allen Ginsberg et des chansons à la Lou Reed interprétées par Etienne Daho et une mise en scène sobre portée par un Arthur Nauzyciel infiniment sensible, Kaddish impressionne par l’intime. On commence par un peu de rock, Lou Reed, avant de se concentrer sur le poète, assis à une table, caché derrière ses lunettes et qui relis le texte qui a surgi comme une urgence de s arencontre avec Dieu après un trip puissant dans les rues de Manahattan. On est en 1959, sa mère Naomi, juive russe communiste venue vivre dans la misère à New-Yorr, mère de deux fils, touchée par la folie puis par l’âge, est morte depuis trois ans. Avec l’image de Dieu, c’est la voix de la mère juive qui n’a plus de bouche qui remonte et aussi la prière juive que le fils homosexuel dit et redit pour cette mère qu’il mange et qui le mange. Lisant avec une concentration et une intensité brûlantes les mots puissants de Ginsberg, son styme haché, parlé, de survivant, Arthur Nauzyciel met tout au service du texte. La performance est avant-tout l’acte : celui de nous tenir 1h30 au cœur de l’insupportable douleur de l’orphelin, quand la blessure passe par des rêves érotiques, des souvenirs des faiblesses de la mer, des hymnes et la prière des juifs pour honorer les morts.

C’est titubant un peu et le souffle coupé à l’estomac que le public est invité à profiter de petits godets de vodkas et de cornichons offerts très à propos, avant de plonger dans les chansons, anciennes et surtout nouvelles d’Albin de la Simone. Tout aussi imagé que la première partie de la soirée, le concert à clavier, violon et violoncelle prend des airs plus légers. Dans les textes d’Albin, les enfants protestent avec les tripes ou en mangeant les copains de voir leurs parents divorcer, les maris ivrognes voient des piranhas dans l’appartement et son univers doux(-amer englobe même un beau texte de l’artiste brut Henry Darger. Du côté des accords, c’est encore et toujours plus intéressant de suivre Albin : les pizzicati des cordes swinguent, le clavier peur se faire clavecin pour une intro très « grand siècle », les deux musiciennes sont divines choristes à cappella et de temps en temps la violoniste ose un schmalz qui s’accorde bien avec notre deuxième verre de vodka. Le raccord à Ginsberg passe par les collages d’images et l’impertinence – la mutinerie flamboyant dans le bis « poème » que nous ne dévoileront pas. On a vraiment hâte d’entendre le 5e opus d’Albin alors qu’Un homme (Tôt ou tard, 2013) nos avait déjà bluffés (lire notre interview de l’artiste qui sortait d’une résidence au 104.)


Albin de la Simone – Mes amis par CInq7

visuel : photo officielle (Arthur Nauzyciel)

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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