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Le fabuleux destin d’Henry Darger

Le fabuleux destin d’Henry Darger

19 juin 2015 | PAR Marie Crouzet

A la suite d’un don exceptionnel de 45 œuvres de la succession Darger, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris consacre une exposition à Henry Darger, figure centrale de l’art brut. Au fil de l’exposition se déroule sous nos yeux ébahit l’épopée d’enfants orphelins maltraités qui se rebellent et tentent de trouver leur place sur la planète imaginaire d’Abbieannia. Dans la veine des grands récits fantastiques, Henry Darger a produit une œuvre littéraire et picturale de plus de 15 000 pages dont une partie est présentée jusqu’au 11 octobre 2015 au Musée d’Art Moderne. Un voyage initiatique dans la tête de Monsieur Darger, un personnage haut en couleurs qui a su garder son âme d’enfant.

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Né en 1892 aux Etats-Unis, Henry Darger a eu une enfance difficile et fut très jeune placé dans un foyer pour déficients mentaux. Il s’en échappa pour rejoindre à pied la ville de Chicago qu’il ne quitta plus jusqu’à son dernier souffle en 1973. Il est intéressant de s’arrêter sur son parcours car il transpire dans chacun de ses dessins et c’est aussi le point de départ qu’à choisi la commissaire Choghakate Kazarian pour débuter l’exposition. Dans la première salle plongée dans le noir, une vidéo de la chambre où vécu en ermite Henri Darger jusqu’à son départ pour l’hospice en 1972 est projetée. Une entrée fracassante dans l’univers de cet artiste hyper sensible qui vivait reclus comme un semi-clochard, entassant dans son appartement coupures de journaux, gravures et collages.

L’exposition est construite en deux parties, la première qui va de 1915 à 1930 environ, dresse le portrait des différents protagonistes du récit épique qu’il projetait d’écrire. Dans les salles se succèdent des portraits au crayon des différents protagonistes de son histoire, les drapeaux de chacun des états qu’il a inventé et même une carte dessinant les contours d’un territoire imaginaire qui n’est pas sans rappeler la géographie d’un certain Tolkien. L’appartenance de Darger au courant de l’art brut, défini en 1945 par Jean Dubuffet comme les productions réalisés par les non-professionnels de l’art, est une évidence, à tel point que très peu de gens dans son entourage ont su avant sa mort qu’il dessinait. Il séparait complétement sa vie publique de sa création, cantonnée exclusivement au domaine privé. La naïveté du trait de Darger et son hyper sensibilité donnent une force singulière à l’histoire qu’il raconte. Sa vision manichéenne du monde opposant d’une part les gentils enfants à d’autre part les méchants militaires présentés comme des figures autoritaires et violentes offre un spectacle magnifique à voir.

Après cette introduction au monde de l’artiste dans les premières salles, le visiteur entre dans la deuxième partie de l’exposition qui court des années 1930 à 1972 et où l’on découvre des fresques narratives recto verso – le procédé s’explique principalement par le souci d’économie de papier – décalquées et recomposées selon d’infinies variantes. La plupart de ses œuvres mettent en scène les Vivian Girls, groupe de sept jeunes filles blondes qui élaborent des stratagèmes pour vaincre les ennemis ou tentent de les fuir. Au fil des salles, les scènes de champs de batailles laissent place à un paysage Épinal d’après-guerre et à une imagerie plus sereine, « Le pays d’Abbieannia était le plus charmant pays du monde, car ses larges vallées, plaines et forêts ressemblaient à un paradis du ciel déguisé. » A la fin de l’exposition, la guerre est enfin terminée et le printemps peut durer toute l’année.

Darger est un personnage qui aurait beaucoup plu aux romantiques : il a vécu une vie misérable et anonyme, a créé dans le secret une œuvre immense et elle est reconnue à titre posthume. Son œuvre aurait du rester secrète et mourir avec lui. Heureusement que son propriétaire, le photographe Nathan Lerner, a fait la découverte de ce magnifique travail alors que Darger vivait ses derniers instants à l’hospice. Lerner a tout de suite compris qu’il tenait entre les mains une création artistique exceptionnelle, il suffit d’aller voir l’exposition pour être d’accord avec lui.

Visuel : Second Battle of McAllister Run they are pursued (détail) d’Henry Darger. Crédits photo : © MusÈe d’Art Moderne / Roger-Viollet/© Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet

Infos pratiques

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Marie Crouzet

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