Opéra
La Juive d’Halévy/Py à Lyon : la renaissance d’une oeuvre

La Juive d’Halévy/Py à Lyon : la renaissance d’une oeuvre

31 mars 2016 | PAR Elodie Martinez

Du 16 mars au 3 avril, l’Opéra de Lyon offre sa scène à La Juive d’Halévy dans le cadre de son festival « Pour l’Humanité ». Il permet ainsi de redécouvrir ce chef d’oeuvre du compositeur dans une mise en scène d’Olivier Py et dans les décors de Pierre-André Weitz. De quoi nous faire regretter que cet opéra ne soit pas jouer davantage, du moins dans de telles conditions!

[rating=4]

Dès l’ouverture du rideau, l’effet est immédiat : le décors impose, impressionne, et l’on serait même tenté de dire que l’on est heureux de retrouver un « vrai » décors d’opéra, loin du minimalisme qui prend place sur les scènes depuis plusieurs années. Un spectacle qui retrouve son spectaculaire tout en restant bien loin d’un faste inopportun ici. Certes, la première chose que l’on remarque est ce que l’on pourrait appeler le « cube d’Olivier Py », cette forme que l’on retrouve régulièrement dans son travail. Toutefois, ce-dernier est vite cassé grâce aux plateaux roulants qui, en glissant, forment de nouveaux espaces, intérieurs ou extérieurs.

La mise en scène de Py est juste, intelligente et sobre, ce qui fait aussi beaucoup de bien : l’oeuvre est au coeur du travail et est ainsi mise en valeur. On déplore un léger « hors-sujet » dans la volonté d’actualiser et de créer un parallèle avec la crise actuelle lorsque l’on voit des banderoles clamant « La France aux français » ou « morts aux étrangers » quand il est question des religions juive et chrétienne, mélangeant ainsi ce qui ne devrait pas l’être. C’est là le seul défaut très bref de ces 3h30 environ, ce qui n’est dont pas grand chose sur l’ensemble.

Côté voix, Nikolaï Schukoff offre un Eléazar de toute beauté au timbre sans pareil pour ce personnage. Son interprétation de « Rachel, quand du Seigneur » est une parenthèse restant gravée dans les mémoires qui suffirait à elle-seule à justifier le déplacement si tout le reste ne le justifiait pas déjà! Nous vous mettons au défis de ne rien ressentir à ce moment-là ou même plus tard, lorsque vous entendrez la fin de cet air parmi les extraits mis en ligne par l’Opéra (voir la vidéo en fin d’article).

Enea Scala incarne bien son Leopold mais la voix semble manquer de souplesse et le ténor paraît tirer sur son instrument, rendant certaines notes un peu rudes dans l’aigu. Un peu plus de rondeur serait parfait mais sur la totalité de la partition, nous ne pouvons que constater qu’Enea Scala remplit son contrat.

Rachel Harnisch, qui porte ici le même prénom que l’héroïne qu’elle incarne, nous a d’abord laissé un peu mitigé quant à sa projection de voix dans le début de soirée mais s’est révélée petit à petit pour finalement laisser un souvenir très positif et nous convaincre. L’autre personnage féminin, La Princesse Eudoxie, est interprété par Sabina Puertolas dans une robe que toute cantatrice ne pourrait pas porter, élément quelque peu original au milieu des autres costumes mais qui ne choque pas, allant parfaitement avec le personnage. Saluons le travail de Pierre-André Weitz  sur cette robe parvenant à allier transparence et élégance. Côté voix, la princesse se prête à des acrobaties aériennes que la soprano relève comme un défi. On ne peut que saluer la prestation de Sabina Puertolas qui réussit du début à la fin, tant dans les notes que dans le jeu, faisant entendre des graves légèrement ambrées.

Autre personnage masculin important, le Cardinal Brogni interprété par la basse Roberto Scandiuzzi absolument phénoménale dans ce rôle, tandis que Vincent Le Texier en Ruggiero donne à entendre une voix beaucoup trop vibrante pour être totalement plaisante.

Les Choeurs de l’Opéra de Lyon offrent quant à eux une très belle prestation, avec une puissance impressionnante mais aussi de très belles nuances. Malgré cela, les personnes ayant connu la direction d’Alan Woodbridge noteront certainement que le rendu global n’est plus aussi net et précis qu’avec l’ancien chef des choeurs.

Enfin, côté fosse, le jeune Daniele Rustioni, futur chef en résidence de la maison, présente une direction de haut niveau, ne basculant à aucun moment dans le moindre excès, maintenant une justesse et un équilibre qui permet de ne pas s’ennuyer une seule seconde malgré la longueur de la partition. Remarquable.

Ainsi, avec cette Juive d’Halévy, l’Opéra de Lyon offre à son public une merveille et un souvenir à vie pour ceux et celles qui ont la chance d’y assister. Une belle réussite que l’on espère pouvoir revivre au moyen d’une captation… N’hésitez pas un seul instant!

@stofleth

Infos pratiques

Le nouveau cirque du Vietnam à bâtons rompus
[INTERVIEW]: Samuel Cueto : « Il m’a été plus facile de photographier les gens de la rue en Thaïlande que d’entrer dans les agences de mode »
Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture