Opéra
Gala lyrique à l’Opéra Garnier : une soirée entre émotion des artistes et joie du public

Gala lyrique à l’Opéra Garnier : une soirée entre émotion des artistes et joie du public

20 juin 2021 | PAR Denis Peyrat

Malgré la jauge encore limitée et les contraintes du pass sanitaire, le public (et les mécènes de l’AROP) étaient de retour en masse jeudi 16 juin à l’Opéra Garnier pour un unique gala lyrique qui était pour beaucoup un premier retour dans cette salle après des mois d’absence pour cause de COVID. Avec une programme éclectique conçu sur mesure pour un quatuor de solistes de haut niveau, la soirée a largement tenu ses promesses.

Avant le début du concert, Alexander Neef est monté sur scène pour un bref discours, remerciant les mécènes pour leur soutien indéfectible lors de la crise du coronavirus. Il a annoncé qu’une partie des fonds collectés permettra de proposer des places à « tarif très réduit » pour les personnels soignants lors de la prochaine saison. Ainsi, 5000 places leur seront réservées et en particulier une représentation de La Bayadère le 23 avril 2022. 

L’Opéra de Paris avait pour cette soirée réuni pour l’occasion des artistes présents à Paris pour d’autres spectacles : Maria Agresta, Michael Fabiano et Ludovic Tézier étaient en parallèle le trio réuni pour la production de Tosca à Bastille, tandis que Luca Pisaroni se produisait dans le Soulier de Satin à l’Opéra Garnier tandis que le chef tiendra prochainement la baguette pour La Clémence de Titus dans cette même maison. Même s’il était essentiellement romantique et italien (hormis les incursions de pièces de Mozart et Wagner), le programme construit donc pour ces artistes variait les plaisirs, alternant tragique et comique, grands classiques du répertoire comme les airs du premier acte de la Bohème, et raretés comme Il Corsaro, quasiment jamais entendu en France.

L’orchestre de l’Opera sous la baguette alerte du chef australien Mark Wigglesworth met d’emblée en avant les contrastes, en délivrant une fort belle ouverture de Guillaume Tell, sans doute une des plus connues de tout le répertoire lyrique, mais qui peut facilement tomber dans les excès. Le pupitre des violoncelles y brille par ses sonorités chaudes, et la virtuosité des différents instruments s’exprime ensuite dans un crescendo fort bien mené. 
C’est ensuite à Luca Pisaroni d’occuper la scène dans un de ses rôles de prédilection, Leporello. L’air du catalogue permet alors à l’artiste de déployer toutes les facettes de ses talents d’acteur et une belle palette de couleurs et d’expressions pour détailler les mille et trois conquêtes de son maître Don Giovanni. Dans la même veine il s’en donnera à cœur joie ensuite dans les mimiques avec la complicité de Ludovic Tézier dans un duo Malatesta – Don Pasquale ou les deux clefs de fa rivaliseront tant dans la voix que dans l’expressivité et la dextérité d’articulation. Entre temps il aura également campé un Méphistophélès goguenard dans une sérénade de La Damnation de Faust où il prend à témoin son collègue baryton comme une « petite Louison » qui se montre bien peu farouche avec ce diable.  

Luca Pisaroni et Ludovic Tézier dans Don Pasquale

Pour sa première intervention Michael Fabiano a choisi une rareté, la scène de Corrado d’Il Corsaro. Le ténor ne semble pas complètement à son aise dans l’air initial de ce Verdi de jeunesse, interprété sans beaucoup de nuances, même si ses moyens vocaux ne sont pas en cause. Il se rattrape et obtient une ovation méritée avec la cabalette, qui lui permet de déployer la brillance et le mordant de ce rôle passionné aux fortes résonances politiques. 

La partie centrale du concert, entourant une bacchanale de Tannhäuser brillante mais bien longue et peu enthousiasmante, est constituée par la prestation magnifique de Ludovic Tézier qui semble, en star locale, occuper la place d’honneur de ce gala. L’artiste est en effet le grand gagnant des faveurs du public dans cette soirée grâce à deux scènes qui lui permettent d’exprimer toute la palette d’expressivité de son timbre et la science de son chant. Don Carlo de Vargas dans La Forza del Destino est un de ses grands rôles Verdiens, et la grande scène de l’acte 2 est le point culminant de cette soirée. Noblesse du chant et maitrise du texte, souffle inépuisable sont au service d’une incarnation dramatique intense dans cette scène « Urna fatale » qui va de la compassion à la soif de vengeance, en passant par les affres du doute.  Le baryton français fait preuve ensuite d’une autre palette d’émotions pour une « Abendstern » de Tannhaüser toute en intériorité et en retenue, avec une grande attention portée à la vocalité allemande.

Ludovic Tézier dans Tannhaüser

Seule voix féminine de la soirée, Maria Agresta intervenait exclusivement dans le répertoire de Puccini. La soprano italienne, interprète actuelle de Tosca à Bastille, commence sa prestation « a froid » dans le registre très dramatique de l’air final de Manon Lescaut, dans lequel ses larges moyens vocaux se déploient magnifiquement même si le registre aigu semble quelque peu tendu. Mais pour ce rôle qu’elle n’a jamais chanté en scène, l’émotion n’est cependant pas complètement au rendez-vous, et l’artiste parait beaucoup plus à son avantage en fin de concert dans le rôle de Mimi de La Bohème dont elle est l’interprète régulière sur les scènes internationales. Elle y forme un couple charmant et très complice avec Michael Fabiano, qui semble lui aussi complètement à son aise en Rodolfo et propose un « Che gelida manina » passionné et rayonnant malgré un aigu final à l’intonation un peu basse. Avec une voix très large pour ce rôle de jeune couturière fragile, Agresta émeut néanmoins par son interprétation toute en retenue dans « Mi chiamano Mimi », l’évocation de sa vie simple sous les toits de Paris.

Maria Agresta et Michael Fabiano dans La Bohème

Concluant le concert avec le duo final du premier acte « O soave fanciulla » les deux amoureux terminent leur prestation en coulisses par un « Amore » à l’aigu éclatant, qui emporte l’adhésion d’un public conquis, et surtout célébrant par une ovation leur joie du retour à la vie lyrique après en avoir été si longtemps privé.   

Crédit photos : © Elisa Haberer / Opéra national de Paris

On adore « Le Cœur sur la table » le nouveau podcast de Victoire Tuaillon qui interroge notre rapport à l’amour
« Ton Père » au Théâtre Monfort : une adaptation personnelle du récit de Christophe Honoré
Denis Peyrat
Ingénieur exerçant dans le domaine de l'énergie, Denis est passionné d'opéra et fréquente les salles de concert depuis le collège. Dès l'âge de 11 ans il pratique également le chant dans diverses formations chorales, en autodidacte mais avec une expérience qui lui permet à présent de faire partie d'un grand chœur symphonique parisien. Il écrit sur l'opéra et la musique classique principalement.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture