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Les rythmes de Bollywood enthousiasment Paris!

Les rythmes de Bollywood enthousiasment Paris!

28 novembre 2014 | PAR Marie-Lucie Walch

L’édition 2014 de Bollywood Express donnait sa première à Paris hier soir et a enflammé la scène du palais des Congrès. Retour sur 2h30 de spectacle haut en couleur!

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Une voix off avertit d’emblée le public: celui-ci est invité à prendre part activement au spectacle, « à huer avec conviction et applaudir avec enthousiasme ». Gare aux cyniques ou tout adepte exclusif du théâtre à la Molière: ils sont sommés de quitter la salle.  Ici, on prône un kitsch assumé. Les voilà prévenus. La dérision sous-jacente du show va permettre au grand amphithéâtre comble de digérer au mieux les codes chamallow de la romance bollywoodienne.

Un classique du genre vibrant

L’histoire en soi est simple. Varsha, une journaliste « française » (la comédienne qui ne l’est assurément pas se contentera de parler en play-back dans son micro) d’origine indienne, branchée 24/24h sur son portable nous raconte sa difficulté à trouver l’amour dans son emploi du temps super chargé. Aussi est-ce une surprise lorsqu’elle débarque à Mumbai pour un article sur le prochain film d’un producteur bollywoodien célèbre, car non contente de se faire voler son téléphone, celui qui le lui ramène après une scène de combat des plus décalées, n’est autre que Arjun, l’amour de sa vie. Il lui (et nous avec) fera découvrir d’abord la folie urbaine de Mumbai puis, après un entracte insolite, le Sud de l’Inde plus traditionnel. En effet, alors que nos deux personnages « montent » dans le train, la fameuse voix-off du début fait entendre avec un ton sérieux et une pointe de facétie: « Vous venez de vivre la première expérience de Bollywood. En Inde au cinéma, il y a un entracte pour parler de l’histoire avec ses voisins, danser dans les couloirs et … nourrir les éléphants ». Faute d’éléphants, les spectateurs se tournent les uns vers les autres et s’adressent des regards complices. La deuxième partie du spectacle est davantage centrée sur l’Inde dite « authentique » où la patte du co-directeur Tarv Travancore, spécialiste des documentaires et expert des coutumes et traditions indiennes, pourra s’exprimer davantage. L’occasion d’avoir un petit topo sur la pratique du voyage ferroviaire indienne ou d’apprécier de belles images du Gange, ce fleuve sacré où Varsha  ira jeter les cendres de son père (oui parce qu’entre temps, il est mort, alors même qu’elle tentait de le retrouver!) . Arjun et Varsha terminent leur voyage devant le Taj Mahal, teint en rose pour le moment romantique, et à l’instant où il la demande en mariage en lui présentant une bague ornée d’un diamant…tadam, « coup de théâtre » comme le souligne le narrateur (il est encore là lui?): il révèle sa véritable identité, celle d’un prince! (Ah, ces retournements de situations prévisibles!) Vashra décide donc d’aller vivre au palais et d’abandonner une fois pour toute sa vie d’avant et ils vécurent heureux et eurent…Non, on est dans une histoire Bollywood. Et comme nous le rappelle le narrateur, toute romance bollywoodienne digne de ce nom termine par une cérémonie festive (et dansante) de mariage!

Une performance réussie et qui sait varier ses registres

L’intrigue est assurée par trois temps récurrents. Un narrateur tout de gris à paillettes vêtu, raconte l’histoire qui est ainsi relayée par des mimes (il est le seul à parler proprement français, les autres se contentent  de sourire en play-back), des dialogues sur-joués, ou des vidéos semi-documentaires (les belles images de Travancore), qui sont projetées sur un grand écran au fond de la scène. Viennent ensuite les chorégraphies parfaitement orchestrées. Véritables explosions des sens, elles sont soutenues par des danseurs ultra performants tant pour leurs prouesses acrobatiques et autres déhanchés maîtrisés, que pour le plaisir évident qu’ils ont à danser, ne pouvant s’empêcher de chanter sur la musique rythmée. La diversité des accessoires et des costumes est impressionnante: les habits multicolores, voire fluorescents, se marient à des procédés d’éclairage dramatiques. Les couleurs alliées aux mouvements des danseurs donnent au tout un effet bluffant. De courts intermèdes à caractère humoristique (et parfois lourds, notamment avec Bollypop, personnage stéréotype de la tapette délurée dans les films indiens) permettent une interaction plus grande avec des spectateurs bon public (!) et pris au jeu. Une dame âgée est invitée à monter sur scène afin de se faire prendre en selfie avec les comédiens; les spectateurs en hauteur sont encouragés à crier « Aho » (présenté comme un trait langagier typique du Punjab) plus fort que les spectateurs du bas. Les applaudissements et sifflements qui reçoivent chaque fin de scénette démontrent que la manœuvre fonctionne. Il faut ajouter que les scénaristes ont mis le paquet pour que les français trouvent leurs repères dans cette pièce où un comédien fait mine de téléphoner à Nabilla ou de chanter Aux Champs Elysées.

Un Bollywood traitant de Bollywood

Dans un autre niveau de référence, les emprunts aux musiques de films sont nombreux. L’immanquable « Jai-Ho » de Slumdog Millionnaire ouvre et clôt le spectacle. Mais on retrouve aussi, entre autres, la chanson du traditionnel vendeur de thé dans le train du film Dil Se; et celle de Mast Qualandar (littéralement « gai luron »). On pourrait se demander comment la production a pu financer autant d’ayant droits. Ce serait oublier que Bollywood est une grande famille, et que les différentes productions participent d’un même mouvement à: la promotion du Film Bollywood à l’étranger. D’ailleurs, la chorégraphe oscarisée (Vaibhavi Merchant) et la codirectrice artistique (Shruti Merchant) du spectacle ne sont-elles pas sœurs? Mais ce qui frappe le plus, c’est la tendance affichée de Bollywood Express à révéler les ficelles d’une mécanique si bien huilée. La voix-off et le personnage du narrateur n’ont de cesse d’introduire les différentes étapes d’une intrigue bollywoodienne, et de vérifier avec nous si ça marche ou non. L’histoire même est fondée sur une mise en abyme avec cette consigne pour Varsha d’écrire un article sur un film intitulé “La plus grande histoire d’amour indienne jamais racontée” et de finalement la vivre. Le réalisateur de cette fiction imaginaire s’appelle d’ailleurs Monsieur Coppora (prononcez « Coppola » avec l’accent indien). La vedette se fait appeler « Showbizz-Khan » (autrement dit « le Seigneur du showbizz), ce qui n’est pas sans rappeler le nom de la grande star du Cinéma Bollywood, Shah Rukh Khan, cité à d’autres endroits. Un autre clin d’œil cinématographique se situe dans des affiches de films détournés: « Curry Potter », « Fried Hard », ou encore « Bombay Night Fever » apparaissent sur l’écran géant comme autant de preuves du fonctionnement d’une industrie qui reprend bien souvent les grands classiques. On peut penser à Coup de foudre à Bollywood, Bride and Predjudice en anglais, adaptation libre de l’Orgueil et Préjugés de Austen, ou bien à Yuvvraaj remake de Rainman.

Outre ces considérations, les clichés et la musique se savourent au premier degré, et la sympathie des artistes emporte définitivement l’adhésion. A la fin, le public danse dans les fauteuils et certains trémoussent des épaules face aux danseurs venus les rejoindre dans les rangs. La soirée est réussie, les parisiens sont séduits! Une envie frénétique de marcher à pas saccadé nous saisit jusque dans les rues déjà revêtues des décorations de Noël…le rêve est encore là.

La troupe joue jusqu’à samedi soir à Paris avant d’entamer une tournée dans toute la France. Trouvez toutes les dates près de chez vous ici.

Bollywood Express au Palais des Congrès jusqu’au 29 novembre. 2 heures avec entracte. Places de 37 à 67 €. Réservations ici.

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Marie-Lucie Walch

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