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[Critique] Le désir est toujours pluriel : « Désirs » de Philippe Decouflé au Crazy Horse

[Critique] Le désir est toujours pluriel : « Désirs » de Philippe Decouflé au Crazy Horse

05 février 2015 | PAR Matthias Turcaud

Créée en 2009 par Philippe Decouflé et Ali Mahdavi mais régulièrement renouvelée depuis, la revue Désirs porte bien son nom, nous emmenant au pays du fantasme, de la sensualité et des désirs forcément pluriels, avec tant de professionnalisme que de grâce. Un show majuscule. 

[rating=4]

C’est avec un verre de champagne que l’on s’installe dans une atmosphère tamisée. Une voix à l’accent étranger marqué nous annonce : « Place au spectacle, place aux filles, place au Crazy ».  Si l’ouverture en gardes britanniques, que l’on doit au créateur du Crazy Horse Alain Bernardin lui-même, date de 1989, Philippe Decouflé, désireux de surtout éviter la routine, a su renouveler le show avec bonheur.

On est admiratif de la diversité des numéros qui chacun réussit à propos un univers complètement différent. On se retrouve tour à tour du côté de la fable chez Andersen avec le numéro des chaussons rouges, pendant la crise économique de 1929 durant « Crisis ! What Crisis ? » pour un numéro de strip-tease particulièrement inspiré, ou encore dans l’espace à la faveur du numéro « Spoutnik ». Si elle s’inscrit dans le sillage de celle créée à l’origine par Alain Bernardin, la revue n’hésite pas à nous surprendre complètement, à l’image du numéro virtuose, purement musical et habillé, sur fond de percussions sur tables, joute de couple et prises de drogue.

Surtout, le show est loin de se réduire à un simple succédané de numéros ponctué par une entracte et les interventions – à trois reprises – de la dompteuse Rosa, mais, portant excellemment son titre, se propose de jouer toutes les gammes d’un désir décliné au pluriel. La thématique du désir dans sa diversité en devient la colonne vertébrale, le fil rouge du spectacle dans son intégralité. Pratiques sado-masochistes, fétichisme, métonymie, voyeurisme, – dans l’excellent numéro « Chuchotements » où Decouflé nous invite, à travers des ombres chinoises sur fonds colorés en split-screen à jeter « un regard indiscret en coulisses » – amours de femmes ou appel d’un homme qui demeure obstinément en hors-champ (à part dans le numéro musical sus-cité), les voies du Désir sont tant impénétrables que pléthoriques. Ecrans, accessoires, lumières, dispositifs, solos et choeurs se succèdent dans une mise en scène très alerte, vive et dynamique sans aucun bémol en ce qui concerne le rythme, et tout en creusant toujours de manière cohérente et bien construite la thématique du désir et du fantasme, dans ce qu’ils peuvent avoir de multiple et de très diversifié.

Enfin, les danseuses aux noms souvent malicieux – on retient Enny Gmatik, Mika Do ou encore Dekka Dance -, et passées par une sélection très rude – une vingtaine sont choisies sur plus de cinq cents candidatures reçues et les critères physiques sont extrêmement stricts : il faut mesurer entre 1m68 et 1m72, la distance entre les deux pointes de seins doit être de 21 cm et celle entre le nombril et le pubis de 13 cm – sont formidables. Elles se donnent et s’abandonnent sur scène avec une facilité et une évidence simplement désarmantes.

Pour une sortie entre amoureux – à noter d’ailleurs une soirée spéciale Saint-Valentin les 12, 13 et 14 février -, pour les esthètes ou les amateurs de beauté, on recommande chaudement ce show qui permettra de vous émoustiller et de vous évader au pays de la sensualité, mais sans un microgramme de vulgarité. Avec style.

Crédit photos : Antoine Poupel.

Désirs, mise en scène et chorégraphie de Philippe Decouflé, direction artistique d’Ali Mahdavi. A partir de 18 ans. Au Crazy Horse, 12 avenue George V (8ème). Téléphone : 01 47 23 32 32

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

One thought on “[Critique] Le désir est toujours pluriel : « Désirs » de Philippe Decouflé au Crazy Horse”

Commentaire(s)

  • TURCAUD Marie

    Matthias vos commentaires sur le Crazy Horse sont époustouflantes, c’est une vision très juste et parfaite de ce spectacle que j’ai le loisir de connaître…

    février 5, 2015 at 19 h 10 min

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