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[Interview] Sarah Koné : L’art de transmettre, la liberté d’appendre et d’être

[Interview] Sarah Koné : L’art de transmettre, la liberté d’appendre et d’être

26 juin 2015 | PAR Bérénice Clerc

Toute la culture avait adoré l’année dernière « Du plomb dans les ailes », une très belle mise en scène de Sarah Koné que nous avions rencontrée pour une interview à lire ou relire ci-dessous.

Chance pour les parisiens, la « cie sans père » rejoue le spectacle au théâtre Dejazet les 1er, 3 et 4 juin. Réservez-vite, courrez voir ce spectacle , vous en sortirez grandi et galvanisé par l’énergie de la jeunesse, la force des textes et le travail musical de tous les acteurs. Un vent de lumière souffle en ces temps où l’ombre prétendrait prendre toute la place !

L’éducation commence dès la naissance et même avant, une multitude de détails importants pour offrir au monde des adultes de demain confiants, solides, sereins et heureux de partager leur savoir. Parents, enseignants peuvent, malgré l’énorme machine à ralentissement qu’est l’éducation nationale, trouver des solutions simples et bienveillantes afin d’offrir le meilleur. La rencontre de la culture et de l’art à l’école ne peut se faire sans les artistes, ils élargissent les possibles et permettent de renforcer les apprentissages scolaires sans négliger le bien-être. Nous sommes allez à la rencontre de Sarah Koné artiste aux multiples facettes, créatrice de la Compagnie sans père qui propose aux collégiens du collège Couperin dans le 4e arrondissement de Paris d’être sincère, chanter, danser, miner créer des spectacles et les jouer sur scène. Sarah Koné a séduit Toute la Culture avec son spectacle « Du plomb dans les ailes » où jeunesse, originalité, fraîcheur, force, engagement, fantaisie, exigences et haut niveau artistique étaient proposés par sa petite troupe sur le plateau du Théâtre de Belleville.

Nous avons décidé de lui poser quelques questions pour savoir comment et avec quels moyens elle arrive à faire un si beau travail avec des jeunes issus de tous les milieux.

sarah-kone-©-p-ayme

Quel est votre parcours, comment avez-vous rencontré ces jeunes ? :

Je viens d’Annecy, à l’âge de dix ans j’ai eu la chance d’intégrer la maîtrise de Lyon sous la direction de Claire Gibault où je pouvais chanter, faire des claquettes et jouer devant des salles combles dans des conditions professionnelles. J’étais séparée de mes parents la semaine et avais un rythme scolaire aménagé. Ensuite j’ai intégré le conservatoire de Lausanne et suivait ma scolarité grâce au CNED puis je fut sélectionnée par le conservatoire de Paris où je chantais et suivait des classes de direction d’orchestre.

Lors de ce cursus il me fallait proposer un projet personnel, certains composent, créent des spectacles, j’avais envie de proposer de l’éducation populaire, aller à la rencontre des jeunes dans un collège et leur transmettre mes passions.

Forte de ce projet j’ai décidé d’écrire à plusieurs directeurs d’établissement ; la directrice du collège Couperin dans le 4e à Paris m’a reçue, le projet l’intéressait, quelques heures par semaine je pouvais travailler avec des élèves volontaires et créer un spectacle. Les élèves de ce collège sont de tous les milieux, certains ne se seraient jamais croisés sans ce projet et n’auraient surtout pas croiser la culture ! Chanter, danser, apprendre des textes, répéter, travailler encore et encore, jouer leur donne confiance.

Les élèves de la 6e à la 3e se passionnent pour des choses qu’ils n’auraient jamais imaginées et leur capacité de travail se ressent dans toutes les disciplines scolaires. Les premiers enfants sont restés, ils ont grandi et continué à venir, chaque année de nouvelles classes arrivent et grâce au succès du travail, la directrice m’a proposée de travailler tous les jours avec des classes aux horaires aménagés.

Comment travaillez-vous avec eux ? 

Il y a d’abord une audition, ils chantent la chanson de leur choix et nous discutons beaucoup pour déterminer si le choix de cette classe vient d’eux ou d’une projection parentale qui pourrait leur faire du tort. Tout le monde n’a pas du talent ! Il faut l’accepter, ce n’est pas grave, mais en plus du travail il faut une valeur ajoutée personnelle. Nous travaillons ensuite toutes les après-midis, le chant, la danse, le corps, le jeu… à la fin de l’année nous avons la chance de jouer au Théâtre Monfort. Cette année nous donnerons Sister Act les 1, 2 et 3 juillet. 70 élèves heureux d’apprendre, de travailler  et de jouer. Après leur passage en 6e et 5e les élèves restent, les premiers ont une vingtaine d’années, les grands parrainent les plus petits et ainsi de suite. A partir de la grande troupe j’ai créé une petite troupe puis travaillé avec Paul pour le théâtre et les textes. Nous choisissons quelques jeunes, et avons créés « Un geste d’amour » et « Du plomb dans les ailes », nous tournons dans les théâtres de France, ils gagnent un peu leur vie avec les spectacles sans oublier les études. La grande troupe a des horaires aménagés au collège et le travail s’intensifie les week-ends en fin d’année.

 Quels sont vos moyens pour travailler ?

J’ai une salle de travail dans le collège. La compagnie me paie, la mairie aide, le collège aussi, bientôt l’état devrait nous permettre de rendre le travail encore plus pérenne et de pouvoir faire intervenir d’autres artistes. Il s’agit d’un travail à plein temps entre les répétitions, l’écriture, le travail à la table et le jeu, mon engagement est total.

Que vous apporte ce travail avec les jeunes ? :

Je suis heureuse de voir des jeunes qui parfois ne savent pas bien lire, n’auraient jamais ouvert un livre pour le plaisir ou lu une partition de musique, prendre du plaisir dans le travail, s’épanouir sur scène, apprendre des textes, se faire confiance… En quelques mois ils savent lire des partitions, danser, chanter, jouer devant des spectateurs, ce travail rejaillit sur leur scolarité et la fierté de leurs familles.

Que vous disent les jeunes ? :

Ils adorent le travail, ils sont là, motivés, à l’heure donnent énormément de leur temps, s’engagent, certains veulent en faire leur métier, d’autre vivent cela comme une expérience parmi d’autres. Souvent ils ne veulent pas quitter le navire, ils restent encore et encore, ils reviennent chaque année pour faire le nouveau spectacle ils ne lâchent pas la troupe facilement, il leur faudra trouver leur propre route ailleurs.

Quels sont vos projets ?

Avoir une école où les élèves de plusieurs collèges pourront venir pour avoir encore et toujours plus de mixité. Faire intervenir des artistes de plusieurs disciplines et monter plus de spectacles avec la petite troupe qui tourne déjà pas mal. Mon engagement est artistique mais aussi politique au fond, l’école est un lieu d’égalité, il y a des difficultés mais il est possible avec des chemins de traverse de donner envie aux jeunes d’avancer et d’être bien ensemble.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

2 thoughts on “[Interview] Sarah Koné : L’art de transmettre, la liberté d’appendre et d’être”

Commentaire(s)

  • marlyse kalfon

    hier la fête de la musique
    les élèves ou plutôt les musiciens et musiciennes la troope de Sarah Koné
    nous ont apporté un moment merveilleux de poésie de belles voix
    nous ont transporté dans ce monde merveilleux du gospel
    une harmonie , un plaisir de chanter
    qui était aussi un plaisir de vivre
    si cette compagni se produit j’aimerais le savoir
    pour retrouver ce moment merveilleux

    juin 22, 2016 at 13 h 18 min

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